La ville témoin du passage du temps

La ville témoin du passage du temps

 

Introduction

Paris est une ville dont le visage change continuellement. Il apparaît donc comme un témoin privilégié du passage du temps.

 

Documents

Document 1: Patrick Modiano, Une jeunesse, 1981.

Document 2: Patrick Modiano, Dora Bruder, 1997.

Document 3: Jacques Roubaud, Les Ruines de Paris, Toits sous la neige, 1977.

Document 4: Jean-François Vilar, C'est toujours les autres qui meurent, 1982.

 

 

 

Document 1

Patrick Modiano (1945- ) est un écrivain français d'origine juive dont l'œuvre est traversée par la thématique (obsessionnelle) de la mémoire. Dans Une jeunesse, il met en scène deux jeunes protagonistes, Louis, un jeune homme aux origines incertaines, et Odile, livrés à eux-mêmes dans Paris.

 

La destruction du Vélodrome d'Hiver (pp.35-36)

Au carrefour1, sous la passerelle du métro aérien, une musique de haut-parleur était étouffée par le vacarme2 des autos tamponneuses3. Il restait un moment au bord de la piste à regarder les perches4 qui glissaient au plafond dans un village d'étincelles5 et les autos roses, vert pâle ou violettes. Puis il continuait son chemin sur le terre-plein6, jusqu'à la Seine.

Plus tard, quand Roland de Bejardy lui parla de son père, il se rappelait le pincement au cœur chaque fois qu'il passait devant les escaliers de la station de métro avant de déboucher sur le quai. A gauche, des immeubles neufs occupaient l'emplacement du Vélodrome d'Hiver où il savait que son père avait disputé des courses. Et les nuits qu'il était de service dans le bureau de Bejardy et qu'il consultait pour passer le temps les vieilles collections reliées de journaux sportifs, collant sur un album les articles où l'on mentionnait le nom de son père parmi ceux d'autres coureurs du Vel' d'Hiv', il se revoyait seul, devant les immeubles qui remplaçaient le vélodrome, avec, au-dessus de sa tête, le fracas7 du métro et l'impression de n'être qu'un grain de poussière dans la poussière du boulevard de Grenelle. Pourtant, il y avait une présence dans l'air.

 

La destruction du Vélodrome d'Hiver et la disparition du Tabarin (pp.67-68)

Curieux de l'endroit où avait travaillé sa mère, il chercha l'adresse du Tabarin, mais au numéro de la rue Victor-Massé, il se retrouva devant une façade aveugle8. On avait dû transformer l'ancien music-hall en dancing ou en garage. C'était la même aventure que le soir où il descendait pour la première fois le boulevard de Grenelle et qu'il se préparait à contempler le Vel' d'Hiv', en souvenir de son père.

Ainsi, les deux endroits qui avaient été comme les centres de gravité de la vie de ses parents n'existaient plus. Une angoisse le cloua au sol. Des pans9 de murs s'écroulaient lentement sur sa mère et sur son père, et leur chute interminable soulevait des nuages de poussière qui l'étouffaient.

Cette nuit-là, il rêva que Paris était un creux noir qu'éclairaient seulement deux lueurs: le Vel' d'Hiv' et Tabarin. Des papillons affolés10 voletaient un instant autour de ces lumières avant de tomber dans le creux. Ils formaient peu à peu une couche épaisse dans laquelle Louis marchait en s'enfonçant jusqu'aux genoux. Et bientôt, papillon lui-même, il était aspiré par un siphon11 avec les autres.

Patrick Modiano, 1981, Une jeunesse, Paris, Editions Gallimard, Collection Folio, pp.35-36; 67-68.

 

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

1 Endroit où se croisent plusieurs voies (syn. bifurcation, croisée, croisement, intersection, rond-point).

2 Bruit assourdissant (raffut).

3 Voitures miniatures des foires.

4 Tige métallique adaptée au toit d'un véhicule et destinée à capter le courant.

5 Parcelle incandescente qui jaillit au contact, sous le choc de deux corps.

6 Plateforme, levée de terre.

7 Bruit violent (syn. vacarme).

8 Sans fenêtres.

9 Partie plus ou moins grande d'un mur.

10 Rendu comme fou sous l'effet d'une émotion violente.

11 Partie d'un conduit (canal, tuyau) naturel souterrain envahie par les eaux.

 

Activités de compréhension

Modiano Une jeunesse Association de paires.htm

 

Modiano Une jeunesse Vrai ou Faux (champ lexical du bruit).htm

 

Au milieu de tant de bruit, quel sentiment le narrateur éprouve-t-il?

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Modiano Une jeunesse (mouvement vers le haut ou mouvement vers le bas).htm

 

Quelle sensation se dégage du dernier paragraphe?

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Document 2

Patrick Modiano (1945- ) est un écrivain français d'origine juive dont l'œuvre est traversée par la thématique (obsessionnelle) de la mémoire. Dans Dora Bruder, il évoque une quête d'identité. Le narrateur cherche à reconstruire la vie de Dora Bruder, une jeune fille d'origine juive disparue pendant la Seconde Guerre mondiale. Le roman retrace les étapes de sa recherche et rapporte les données trouvées.

 

Le boulevard Ornano (pp.11-12)

Je suis allé quelquefois au cinéma, boulevard Ornano. Au Clignancourt Palace, à la fin du boulevard, à côté de «Verse Toujours». Et à l'Ornano 43.

J'ai appris plus tard que l'Ornano 43 était un très ancien cinéma. On l'avait reconstruit au cours des années trente, en lui donnant une allure1 de paquebot. Je suis retourné dans ces parages au mois de mai 1996. Un magasin a remplacé le cinéma. On traverse la rue Hermel et l'on arrive devant l'immeuble du 41 boulevard Ornano, l'adresse indiquée dans l'avis de recherche de Dora Bruder.

Un immeuble de cinq étages de la fin du XIXe siècle. Il forme avec le 39 un bloc entouré par le boulevard, le débouché de la rue Hermel et la rue du Simplon qui passe derrière les deux immeubles. Ceux-ci sont semblables. Le 39 porte une inscription indiquant le nom de son architecte, un certain Richefeu, et la date de sa construction: 1881. Il en va certainement de même2 pour le 41.

Avant la guerre et jusqu'au début des années cinquante, le 41 boulevard Ornano était un hôtel, ainsi que le 39, qui s'appelait l'hôtel du Lion d'Or. Au 39 également, avant la guerre, un café-restaurant tenu par un certain Gazal. Je n'ai pas retrouvé le nom de l'hôtel du 41. Au début des années cinquante, figure à cette adresse une Société Hôtel et Studios Ornano, Montmartre 12-54. Et aussi, comme avant la guerre, un café dont le patron s'appelait Marchal. Ce café n'existe plus. Occupait-il le côté droit ou le côté gauche de la porte cochère3?

 

Le Saint-Coeur-de-Marie (pp.40; 128)

Les bâtiments du Saint-Cœur-de-Marie n'existent plus. Leur ont succédé des immeubles récents qui laissent supposer que le pensionnat4 occupait un vaste terrain. Je n'ai aucune photo de ce pensionnat disparu. Sur un vieux plan de Paris, il est écrit à son emplacement: «Maison d'éducation religieuse». On y voit quatre petits carrés et une croix figurant les bâtiments et la chapelle du pensionnat. Et la découpe du terrain, une bande étroite et profonde, allant de la rue de Picpus à la rue de Reuilly.

 

Deux dimanches du mois d'avril 1996, je suis allé dans les quartiers de l'est, ceux du Saint-Cœur-de-Marie et des Tourelles, pour essayer d'y retrouver la trace5 de Dora Bruder. Il me semblait que je devais le faire un dimanche où la ville est déserte, à marée basse.

Il ne reste plus rien du Saint-Cœur-de-Marie. Un bloc d'immeubles modernes se dresse à l'angle de la rue Picpus et de la rue de la Gare-de-Reuilly. Une partie de ces immeubles portent les derniers numéros impairs de la rue de la Gare-de-Reuilly, là où était le mur ombragé d'arbres du pensionnat. Un peu plus loin, sur le même trottoir, et en face, côté numéros pairs, la rue n'a pas changé.

 

Le quartier de la rue des Jardins-Saint-Paul (pp.132-136)

A vingt ans, dans un autre quartier de Paris, je me souviens d'avoir éprouvé cette même sensation de vide que devant le mur des Tourelles, sans savoir quelle en était la vraie raison.

[...]

En le quittant, j'ai suivi la rue des Jardins-Saint-Paul, vers la Seine. Tous les immeubles de la rue, côté des numéros impairs, avaient été rasés6 peu de temps auparavant. Et d'autres immeubles derrière eux. A leur emplacement, il ne restait plus qu'un terrain vague7, lui-même cerné8 par des pans9 d'immeubles à moitié détruits. On distinguait encore, sur les murs à ciel ouvert, les papiers peints des anciennes chambres, les traces des conduits10 de cheminée. On aurait dit que le quartier avait subi un bombardement, et l'impression de vide était encore plus forte à cause de l'échappée11 de cette rue vers la Seine.

[...]

Je lui ai parlé du terrain vague que j'avais remarqué les samedis où ma mère m'emmenait aux Puces, et qui s'étendait au pied des blocs d'immeubles du boulevard Ney. Il avait habité à cet endroit avec sa famille. Rue Elisabeth-Rolland. Il était étonné que je note le nom de la rue. Un quartier que l'on appelait la Plaine. On avait tout détruit après la guerre et maintenant c'était un terrain de sport.

[...] Je pensais à cela, cet automne, en marchant de nouveau dans le quartier de la rue des Jardins-Saint-Paul. Le dépôt12 et son rideau de fer13 rouillé14 n'existent plus et les immeubles voisins ont été restaurés. De nouveau, je ressentais un vide. Et je comprenais pourquoi. La plupart des immeubles du quartier avaient été détruits après la guerre, d'une manière méthodique, selon une décision administrative. Et l'on avait même donné un nom et un chiffre à cette zone qu'il fallait raser: l'îlot15 16. J'ai retrouvé des photos, l'une de la rue des Jardins-Saint-Paul, quand les maisons des numéros impairs existaient encore. Une autre photo d'immeubles à moitié détruits, à côté de l'église Sant-Gervais et autour de l'hôtel de Sens. Une autre, d'un terrain vague au bord de la Seine que les gens traversaient entre deux trottoirs, désormais inutiles: tout ce qui restait de la rue des Nonnains-d'Hyères. Et l'on avait construit, là-dessus, des rangées16 d'immeubles, modifiant quelquefois l'ancien tracé17 des rues.

Les façades étaient rectilignes, les fenêtres carrées, le béton18 de la couleur de l'amnésie. Les lampadaires projetaient une lumière froide. De temps en temps, un banc, un square, des arbres, accessoires d'un décor, feuilles artificielles. On ne s'était pas contenté, comme au mur de la caserne des Tourelles, de fixer un panneau: «Zone militaire. Défense de filmer et de photographier.» On avait tout anéanti pour construire une sorte de village suisse dont on ne pouvait plus mettre en doute la neutralité.

Patrick Modiano, 1997, Dora Bruder, Paris, Editions Gallimard, Collection Folio, pp.11-12; 40; 128; 132-136.

 

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

1 Manière d'aller, de se déplacer (syn. démarche).

2 De la même façon.

3 Porte cochère: porte dont les dimensions permettent l'entrée d'une voiture dans la cour d'un bâtiment.

4 Maison d'éducation privée où les élèves sont logés et nourris (syn. couvent).

5 Marque laissée. Ce qui subsiste d'une chose passée.

6 Abattre à ras de terre (démolir, détruire).

7 Terrain vide de cultures et de constructions dans une ville.

8 Entouré, encerclé.

9 Partie plus ou moins grande d'un mur.

10 Canal étroit.

11 Espace libre, mais resserré (ouvert à la vue, à la lumière) ou espace aménagé pour un passage.

12 Lieu où l'on dépose certaines choses, des marchandises (syn. entrepôt, magasin, stock).

13 Rideau de fer: fermeture métallique de la devanture d'un magasin.

14 Taché, couvert de rouille (produit de la corrosion du fer).

15 Petit groupe de maisons, isolé des autres constructions.

16 Suite de choses disposées côte à côte (alignement).

17 Ensemble des lignes constituant le plan d'un ouvrage à exécuter (plan).

18 Matériau de construction, les constructions massives qui envahissent les zones urbanisées.

 

Activités de compréhension

Modiano Dora Bruder Association de paires.htm

 

Quel événement historique marque la rupture entre l'avant et l'après?

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Modiano Dora Bruder Vrai ou Faux (champ lexical de la destruction).htm

 

Dans le dernier paragraphe, à quelle thématique, chère à Modiano, le mot «amnésie» renvoie-t-il?

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Document 3

Jacques Réda (1927- ) est un écrivain, éditeur et chroniqueur français. Dans Les Ruines de Paris, «de Belleville à Passy, de Montmartre à la Butte-aux-Cailles, d'Antony à Saint-Ouen» (quatrième de couverture), il nous guide à travers les arrondissements et les banlieues de Paris et nous donne à voir un Paris qui s'écarte des sentiers battus avec ses mots de promeneur curieux et infatigable.

 

Depuis l'attaque au chalumeau1 des hangars2 Citroën, très peu de portes restaient en service du côté droit de cette rue (d'ailleurs toutes bouclées3 comme des coffres-forts sur l'usine de l'Air Comprimé), tandis que du côté gauche une seule, et plutôt mystérieuse, laissait supposer l'existence d'un tunnel sous le remblai4. Si bien qu'à part de rares voitures se ruant5 de Balard au Périphérique, excitées par ce raccourci, personne ne songeait à s'y engager le soir ou le dimanche, encore moins à s'y établir. Ainsi j'étais certain de pouvoir m'y recueillir bien tranquille, assis le dos contre un mur en face d'un mur sur le trottoir. De ce dernier mur ne dépassaient que des motifs ferroviaires: le toit d'un wagon du métro, des panneaux de signalisation en damier6 rouge et blanc comme l'emblème de la Chasse polonaise, et toujours la rude herbe aristocratique et pâle du talus7. Par bouffées8 entre ces deux murs s'engouffrait9 un vent tiède. Il brassait10 les odeurs de plâtre11, de soudure12 et de ferraille13 brûlante des chantiers14, et loin de la perturber maintenait la cohésion d'une petite collectivité de paperasses. Jamais elles n'arrêtaient de frémir15 ensemble et de palabrer16, d'organiser des courses, des votes de motions à main levée quasiment unanimes, ou - ce qui m'intriguait le plus - de former deux grands cercles rituels tournoyant de plus en plus vite [...]. Ensuite jusqu'au prochain coup de vent leur campement s'apaisait17. Je pouvais de nouveau ne m'intéresser qu'au mur calme d'en face, aux nuages en transit par vagues vers le nord-est. Et quand se prononçait lentement dans le gris une éclaircie18 - l'or léger et puis le tendre bleu, enfin ce blanc fou de flamme oxhydrique19 - je me dilatais moi-même d'un rire de crétin sanctifié.

Jacques Réda, 1977, Les Ruines de Paris, Paris, Editions Gallimard, Collection Poésie.

 

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

1 Outil qui produit et dirige un jet de gaz enflammé (ex. chalumeau oxhydrique).

2 Construction destinée à abriter du matériel, certaines marchandises (syn. abri, entrepôt).

3 Fam. Fermer.

4 Action de remblayer, opération de terrassement consistant à rapporter des terres pour faire une levée ou combler une cavité (trou, vide).

5 Se jeter avec violence, impétuosité (syn. s'élancer, foncer, se jeter, se précipiter).

6 Surface divisée en carrés égaux, de couleur ou d'aspect différent.

7 Terrain en pente très inclinée, aménagé par des travaux de terrassement (ex. talus de remblai, fait de terre rapportée et qui s'élève au-dessus du sol).

8 Souffle d'air qui arrive par intermittence.

9 Se précipiter avec violence dans une ouverture, un passage.

10 Remuer en mêlant.

11 Matériau de couleur blanche.

12 Plâtre servant au raccord (liaison, jonction) des enduits (préparation, produit, substance qui recouvre et protège en l'imprégnant une surface).

13 Déchets de fer, d'acier; vieux morceaux ou instruments de fer hors d'usage

14 Lieu où sont rassemblés des matériaux, où l'on procède à des travaux.

15 Être agité d'un faible mouvement d'oscillation ou de vibration qui produit un son léger, confus (syn. bruire, frissonner, vibrer).

16 Discourir, discuter interminablement.

17 Se calmer, devenir paisible, s'adoucir.

18 Endroit clair qui apparaît dans un ciel nuageux ou brumeux. Brève amélioration, brève détente (syn. accalmie).

19 Mélange gazeux d'oxygène et d'hydrogène dont la combustion dégage une chaleur considérable.

 

Activités de compréhension

1. Relevez les indices du passé industriel de la ville présents dans le texte.

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2. Dans cet environnement inhospitalier et où les traces de vie sont rares, un élément du décor semble pourtant être animé. Lequel? Commentez l'image.

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Document 4

Jean-François Vilar (1947- ) est un écrivain français, auteur de plusieurs romans noirs où la thématique de la ville apparaît régulièrement. Dans C'est toujours les autres qui meurent, l'enquêteur Victor Banville est convoqué passage du Caire à Paris où il découvre le cadavre d'une femme dans une posture très étudiée. L'enquête commence alors. En toile de fond, Paris. Jean-François Vilar se caractérise aussi par un style très personnel marqué par un usage récurrent de mots ou d'expressions appartenant au langage familier.

 

En vingt minutes à bicyclette, je suis aux Halles1 qui, comme chacun le sait, n'existent plus. Plus de pavillons2, plus de criée3, plus de forts4, plus de folklore, même plus de trou. Tout change et tout le temps dans une délicate apocalypse urbaine. Vous avez vos habitudes dans un bistrot: il devient sex-shop. Vous achetiez vos fringues5 dans les locaux reconvertis d'une ancienne fromagerie? Revenant la semaine d'après pour compléter vos emplettes6, vous tombez sur un fast-food, pas mal d'ailleurs, néons7 et tout, avec murs de carreaux blancs, genre chiottes8 de gare ou salle de bains design. Des nostalgies s'en trouvent hérissées9, dit-on. Pas la mienne. Moi j'aime bien. Je flippe10 même à l'idée qu'un jour, tout ça finira par se stabiliser. C'est pas ma faute si j'ai pas connu la grande époque, tout au plus ai-je dû signer une ou deux pétitions pour la sauvegarde des pavillons, comme tout le monde, ce qui ne rajeunit personne. Ce quartier informe, son bordel11 permanent, le vacarme12 des bulls13 et des caterpillars14, l'horreur du Forum, l'énorme blague15 du reliquat16 de trou avec son eau verdâtre qui stagne au pied de la Bourse du commerce, le toc17 des boutiques, la frime18 des plans nouveaux, le parasitage pimpant19 des petits commerces ultramode: tout ça est très gai. Il faut peu de chose pour me remettre de bonne humeur.

La Bourse du commerce étant toujours en place, j'y gare mon véhicule, sous les arcades.

Francis avait tenté le coup du café-théâtre. Quelques copains, quelques idées, un peu de fric20, une ancienne boulangerie rue du Jour, c'était parti. Il m'avait raconté l'opération avec plus de détails mais, à l'époque, j'avais écouté distraitement. La rue du Jour est une rue que je fréquente assez peu en général (malgré sa remarquable caserne21 de pompiers), et moins encore depuis que je sais que je peux y rencontrer Francis. Les renégats22 sont emmerdants. Je suis bien placé pour le savoir: j'en suis.

Aujourd'hui, il me faut Francis.

Ce n'est pas exactement une surprise: le café-théâtre n'existe plus. Il a cédé la place à une librairie, laquelle semble plus ou moins spécialisée dans le livre d'art de grande diffusion, très beau, pas cher, papier glacé23 et couleurs merdiques. Très pratique quand on ne sait pas quoi offrir à un plouc24 et qu'on est dans la dèche25. La boutique a aussi un net penchant pour l'occase26 et les revues d'avant-garde en stocks d'invendus invendables.

Jean-François Vilar, 1982, C'est toujours les autres qui meurent, Paris, Editions Fayard.

 

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

1 Emplacement, bâtiment où se tient le marché central de denrées alimentaires d'une ville.

2 Corps de bâtiment qui se distingue du reste de l'édifice dont il fait partie.

3 Vente à la criée (vente publique aux enchères).

4 Personne qui a une grande force musculaire, une bonne santé. (XVIIe) Fort des Halles: employé des Halles de Paris qui manipulait et livrait les marchandises.

5 Fam. Vêtements.

6 Achat de quelque marchandise courante (syn. acquisition, course).

7 Eclairage par tube fluorescent; le tube lui-même.

8 Fam. Toilettes.

9 Disposées défavorablement en inspirant de la colère, de la défiance (syn. horripiler, indisposer, irriter).

10 Fam. Être angoissé, avoir peur (syn. baliser).

11 Fig. et fam. Grand désordre (syn. foutoir, pagaille).

12 Bruit assourdissant (raffut).

13 Abrév. fam. de bulldozer: engin de terrassement.

14 Marque de bulldozer.

15 Plaisanterie (syn. farce).

16 Reste.

17 Fam. Sans valeur; faux et prétentieux.

18 Fam. Comportement volontairement trompeur (bluff, esbroufe, fanfaronnade, vantardise).

19 Coquet, élégant.

20 Fam. Argent (syn. pognon).

21 Bâtiment destiné au logement des troupes.

22 Personne qui a renié sa religion ou (fig.) qui a abandonné, trahi ses opinions, son parti, sa patrie, etc. (syn. traître).

23 Qui a un aspect brillant (syn. couché, satiné).

24 Fam. et péj. Paysan (syn. péquenaud).

25 Fam. Manque d'argent (syn. misère, pauvreté).

26 Fam. Vieilli. Occasion.

 

Activités de compréhension

Jean-François Vilar C'est toujours les autres qui meurent Vrai ou faux (champ lexical).htm

 

Quel est le ton du texte?

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Jean-françois Vilar C'est toujours les autres qui meurent Vrai ou Faux.htm




Activités type Bachibac

Question de langue

Consigne: Expliquez les expressions suivantes.

- Document 1: un «pincement au cœur»:....................................................................................................................

- Document 1: «clou[er] au sol»:..................................................................................................................................

- Document 4: «tent[er] le coup»:................................................................................................................................

Consigne: Expliquez l'image «à marée basse» présente dans le deuxième texte de Modiano..

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Question d'argumentation 1 (250 mots)

Consigne: Les trois premiers textes évoquent la solitude et le vide ressentis par l'individu abandonné à lui-même dans un paysage urbain froid et inhospitalier. On parle souvent de l'isolement et du manque de communication et de solidarité qui existent dans les grandes villes. Ce sont là sûrement quelques uns des grands maux du XXIe siècle. Argumentez.

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Question d'argumentation 2 (250 mots)

Consigne: Dans le dernier texte, le narrateur avoue ne pas être nostalgique et, au contraire, aimer que la ville, ses commerces, ses rues, ses quartiers, changent de visage. Partagez-vous son opinion?

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Essai (300 mots)

Consigne: Les deux textes de Modiano évoquent la destruction ou la disparition d'endroits qui ont joué un rôle important dans la vie des personnages et qui sont souvent à l'origine d'une quête d'identité de la part de l'un d'entre eux. L'œuvre de Modiano révèle l'obsession de l'écrivain pour la mémoire. Commentez cette affirmation en vous centrant sur Une jeunesse de Modiano.

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