Une ville qui change d'humeur

Saisir l'instantané dans une ville en perpétuel mouvement

Baudelaire a dit : «La modernité, c'est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable». Mais face à cette affirmation, il faut reconnaitre une certaine difficulté pour les artistes : non seulement ils doivent capter un instant pour lui faire défier le temps, mais en plus, ils doivent composer avec la diversité et le perpétuel fourmillement de la ville… Ce sont là les points que nous allons aborder au cours de cette activité.

Présentation des documents :

Document 1 : Jacques Dutronc, Il est cinq heures Paris s’éveille, 1968

Document 2 : Gustave Caillebotte, Rue de Paris, temps de pluie, 1877

Document 3 : Gustave Caillebotte, Toits sous la neige, 1878

Document 4 : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens, « Le Crépuscule du soir », 1857

Document 5 : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens, « Le Crépuscule du matin », 1857

 

I. Une chanson

Lorsque au cours d’un dîner, le directeur artistique Jacques Wolfsohn propose à Jacques Dutronc et Jacques Lanzmann d’écrire une chanson sur le thème de « Paris le matin », les deux artistes débutent dès le soir même l’écriture de la chanson « Il est cinq heures Paris s’éveille » qu’ils achèveront au petit matin. Pour cela, ils s’inspirent  de la chanson « Tableau de Paris à cinq heures du matin », écrite en 1802 par Marc Antoine Madeleine Désaugiers. Pendant l’enregistrement ils ne sont pas satisfait de la musique jusqu’à ce que Roger Bourdin, un flûtiste qui travaille dans un studio à côté du leur, improvise un solo de flûte qui donnera la version finale de la chanson.

http://www.youtube.com/watch?v=3WcCg6rm3uM

Vocabulaire :

Traversin = sorte d’oreiller de forme allongée

Bâtard = un type de pain

 

Exercices de compréhension orale :

Dutronc, Il est cinq heures, compréhension

Dutronc, Il est cinq heures, texte à trous

-Quel est le point commun entre tous les mots manquants ? Allez voir des photos sur internet.

 

Exercices de compréhension écrite :

Dutronc, Il est cinq heures, faites des paires

Dutronc, Activités diurnes ou nocturnes, QCM

Dutronc, Compréhension, QCM

 

II. Des tableaux

Gustave Caillebotte est un peintre, collectionneur et mécène français qui vécut de 1848 à 1894. Il appartient au mouvement de l’impressionnisme et à  sa mort il lèguera sa collection de peintures impressionnistes et de dessins à l'État.

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Rue de Paris, temps de pluie, Gustave Caillebotte,          Toits sous la neige, Gustave Caillebotte, 1878,

1877, huile sur toile, 212,2 cm × 276 cm                                          Huile sur toile, 64x82cm

Interprétation et réflexion:

-Ces tableaux représentent-ils des scènes de la vie quotidienne ou des faits extraordinaires ?

-Est-il possible de voir exactement ces scènes si on se promène à Paris ? (même luminosité, mêmes personnes, mêmes ombres, même disposition)

-Observez les noms des tableaux, ils sont à chaque fois composés de deux éléments différents

                -un élément figé :

                -une situation particulière :

-Caillebotte représente-il des éléments figés à n’importe quel moment de la vie quotidienne ? (ce tableau est-il le plus représentatif de cette rue ? Ces toits sont-ils représentés sous leur forme la plus habituelle ?)

-Qu’en déduisez-vous de l’intention de l’artiste ?

             

III. Des poèmes 

Ces deux poèmes appartiennent à la section des Tableaux parisiens, ils ont été ajouté en 1861 lors de la deuxième édition des fleurs du mal. Le Crépuscule du soir occupe la dixième place dans la section et annonce le passage du jour à la nuit, c’est-à-dire l’arrivée de l’obscure et du vice. Il précède Le Crépuscule du matin, en dix-huitième position, qui annonce un retour au jour, la fin de l’angoisse et le retour du labeur des hommes.

Le Crépuscule du soir est composé d’Alexandrins répartis en quatre strophes de 4, 24, 8 et 2 vers chacune. Les rimes sont plates -ou suivies- (AABB) et respectent l’alternance entre rimes féminines et rimes masculines.

Le Crépuscule du matin est composé d’Alexandrins répartis en quatre strophes  de 2, 9, 13 et 4 vers. Les rimes sont plates -ou suivies- (AABB).

Extrait du poème Le Crépuscule du soir de Baudelaire

Extrait du poème Le Crépuscule du matin de Baudelaire

 

« Voici le soir charmant, amis du   criminel ;

Il vient comme un complice, à pas   de loup[1] ;   le ciel

Se ferme lentement comme une grande alcôve[2],

Et l’homme impatient se change en bête   fauve[3].

 

Ô soir, aimable soir, désiré par celui

Dont les bras, sans mentir, peuvent   dire : Aujourd’hui

Nous avons travaillé ! –C’est le   soir qui soulage

Les esprits que dévore une douleur   sauvage,

Le savant obstiné dont le front   s’alourdit,

Et l’ouvrier courbé qui regagne son   lit.

Cependant des démons malsains dans   l’atmosphère

S’éveillent lourdement, comme des gens   d’affaire,

Et cognent en volant les volets et l’auvent[4].

À travers les lueurs que tourmente le   vent

La Prostitution s’allume dans les   rues ;

Comme une fourmilière elle ouvre ses   issues ;

Partout elle se fraye un occulte   chemin,

Ainsi que l’ennemi qui tente un   coup de main[5] ;

Elle remue au sein de la cité de fange[6]

Comme un ver qui dérobe à l’Homme ce   qu’il mange.

On entend çà et là les cuisines   siffler,

Le théâtre glapir[7],   les orchestres ronfler ;

Les tables d’hôte, dont le jeu fait   les délices,

S’emplissent de catins[8]   et d’escrocs[9],   leurs complices,

Et les voleurs, qui n’ont ni trêve ni   merci,

Vont bientôt commencer leur travail,   eux aussi,

Et forcer doucement les portes et les   caisses

Pour vivre quelques jours et vêtir   leurs maitresses. »

 

« La diane[10]   chantait dans les cours des casernes,

Et le vent du matin soufflait sur les   lanternes.

 

C’était l’heure ou l’essaim[11]   des rêves malfaisants

Tord sur leurs oreillers les bruns   adolescents ;

Où, comme un œil sanglant qui palpite   et qui bouge,

La lampe sur le jour fait une tache   rouge ;

Où l’âme, sous le poids du corps   revêche et lourd,

Imite les combats de la lampe et du   jour.

Comme un visage en pleurs que les brises[12]   essuient,

L’air est plein du frisson[13]   des choses qui s’enfuient,

Et l’homme est las[14]   d’écrire et la femme d’aimer.

 

Les maisons çà et là commençaient à   fumer.

Les femmes de plaisir, la paupière   livide,

Bouche ouverte dormaient de leur   sommeil stupide ;

Les pauvresses, trainant leurs seins   maigres et froids,

Soufflaient sur leurs tisons et   soufflaient sur leurs doigts.

 

(…)

Le chant du coq au loin déchirait   l’air brumeux ;

Une mer de brouillard baignait les   édifices,

Et les agonisants dans le fond des   hospices

Poussaient leur dernier râle[15]   en hoquets inégaux.

Les débauchés rentraient, brisés par   leurs travaux.

 

L’aurore grelottante en robe rose et   verte

S’avançait lentement sur la Seine   déserte,

Et le sombre Paris, en se frottant les   yeux,

Empoignait ses outils, vieillards   laborieux. »

 

 


[1] A pas de loup = sans faire de bruit

[2] Terme qui désigne un renfoncement destiné à accueillir un lit, mais dans le cas présent, alcôve = lit

[3] Une bête fauves est un animal qui appartient à la famille des grands félins (lions, tigres…)

[4] Petit toit au-dessus d’une entrée qui protège du vent et de la pluie

[5] Coup de main = expédition, attaque à l’improviste (dans d’autres cas : donner un coup de main = aider, avoir le coup de main = avoir du savoir-faire)

[6] Fange = boue

[7] Glapir= pousser des cris aigus et répétés

[8] Catin= prostituée

[9] Escroc = personne qui commet une escroquerie, une arnaque, une tromperie

[10] La diane = batterie de tambour ou la sonnerie de clairon qui annonce le réveil dans le langage militaire

[11] Essaim = rassemblement important d’insectes de la même famille (un essaim d’abeilles)

[12] Une brise = un vent léger

[13] Frisson = tremblement dû au froid ou à la peur

[14] Las = fatigué, épuisé

[15] Râle = forte respiration d’une personne qui est sur le point de mourir.

 

Exercices de compréhension écrite :

Baudelaire, Comme le jour et la nuit, QCM

Baudelaire, La ville aux deux visages, compréhension

Pour aller plus loin :

Cette activité a été illustrée avec les poèmes « Le crépuscule du matin » et « Le crépuscule du soir » de Baudelaire, néanmoins, ce thème de la ville changeante est également présent dans d’autres poèmes tels que « Brumes et pluies » ou encore « Le crépuscule du soir » (autre poème de Baudelaire mais cette fois ci en prose, issu d’un recueil intitulé « Petits poèmes en prose »).

 

IV. Activités type Bachibac :

Question de langue :

Dans la chanson « il est cinq heures Paris s’éveille » de Jacques Dutronc, on peut entendre la phrase suivante : « Le café est dans les tasses les cafés nettoient leurs glaces ». Le mot « café » apparait deux fois, cependant, il a deux sens différents, lesquels ?

Question d’argumentation :

À Paris, la vie nocturne est-elle plus calme que la vie diurne ? (250 mots)

Essai : Paris est une ville qui fourmille, qui ne dort jamais, une ville où, de jour comme de nuit, il se passe toujours quelques choses. Nombreux sont les artistes qui ont dépeint l’immobilité et la quiétude d’un paysage désert (tableaux, descriptions, chansons…). Mais Paris, à l’opposé de cette tranquillité est surtout une ville qui a inspiré de nombreux artistes qui avaient la volonté d’immobiliser le mouvement, de définir la diversité. Quels objectifs et quelles satisfactions ont bien pu pousser ces artistes à se confronter à cette difficulté ? (300 mots)

 

Pour la correction, cliquez ici !

 

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