Paris, ville de la diversité ou de l’exclusion

Paris, ville de la diversité ou de l’exclusion

Introduction :

Avoir un regard sur Paris, c’est aussi avoir un regard sur ses habitants… Et que dire des habitants de Paris ? Il est impossible de donner une généralité, Paris est une ville très éclectique[1], mais comme nous allons le voir, c’est aussi une ville très sectaire[2]. Les exclus sont toujours les mêmes, ils vivent des tragédies quotidiennes, et ces tragédies ont inspiré de très nombreux artistes. Que ce soit pour leur rendre hommage, pour détailler à l’extrême leur misère, pour tenter de les rendre beaux, ou pour aborder les tragédies de l’ordinaire, nous allons voir comment des artistes se sont penchés sur la condition des habitants de Paris.

Documents :

-Document 1 : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens, « Sept vieillards », 1857

-Document 2 : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens, « Les aveugles », 1861

-Document 3 : Emile Zola, L’Assommoir, 1876

-Document 4 : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens,  « Les petites vieilles »,1861

-Document 5 : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens, « A une mendiante rousse », 1861

-Document 6 : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens, « L’amour du mensonge », 1861

-Document 7 : Patrick Modiano, « Une jeunesse »,  quatrième de couverture et plusieurs extraits, 1981



[1] Eclectique = qui est ouvert à plusieurs tendances, qui a des gouts variés, divers

[2] Sectaire = intolérant, sévère, exclusif

 

I.                    Le portraits des exclus de la société

A.      A la rencontre des marginaux

Dans ces deux poèmes, Baudelaire fait le récit de rencontres, il dresse le portrait de personnes exclues de la société.

« Sept vieillards » est le cinquième poème de la section des Tableaux parisiens, il est dédié à Victor Hugo. Il se compose de 13 strophes d’Alexandrins, les rimes sont alternée (ABAB) et respectent l’alternance des rimes féminines et rimes masculines.

Dans ce poème, l’auteur fait d’abord la description de la ville, puis celle d’une curieuse rencontre (l’extrait ci-après) : sept vieillards exactement identiques. Par la suite, il évoque l’inquiétude que lui provoque cette rencontre, le poussant presque à la folie.

« Les aveugles » est le septième poème de la section des Tableaux parisiens. Il s’agit d’un sonnet (2 quatrains et 2 tercets), les rimes sont embrassées (ABBA) dans les deux quatrains, pour les tercets on a un rime suivie (AA) puis une embrassée (BAAB).

 

Dans ce poème, l’auteur dresse le portrait des aveugles, perdus dans Paris. Il réfléchit à leur condition, mais aussi à la sienne, celle d’un poète incompris dans cette grande cité.

Les Sept vieillards (extrait) :

Les aveugles :

« Tout à coup, un vieillard dont les guenilles[1] jaunes
Imitaient la couleur de ce ciel pluvieux,
Et dont l'aspect aurait fait pleuvoir les aumônes[2],
Sans la méchanceté qui luisait dans ses yeux,

M'apparut. On eût dit sa prunelle[3] trempée
Dans le fiel[4]; son regard aiguisait[5] les frimas[6],
Et sa barbe à longs poils, roide comme une épée,
Se projetait, pareille à celle de Judas.

II n'était pas voûté, mais cassé, son échine[7]
Faisant avec sa jambe un parfait angle droit,
Si bien que son bâton, parachevant[8] sa mine,
Lui donnait la tournure et le pas maladroit

D'un quadrupède infirme ou d'un juif à trois pattes.
Dans la neige et la boue il allait s'empêtrant[9],
Comme s'il écrasait des morts sous ses savates[10],
Hostile à l'univers plutôt qu'indifférent.»

Contemple-les, mon âme ; ils sont vraiment affreux !
Pareils aux mannequins ; vaguement ridicules ;
Terribles, singuliers comme les somnambules ;
Dardant[11] on ne sait où leurs globes ténébreux.

Leurs yeux, d'où la divine étincelle est partie,
Comme s'ils regardaient au loin, restent levés
Au ciel ; on ne les voit jamais vers les pavés
Pencher rêveusement leur tête appesantie[12].

Ils traversent ainsi le noir illimité,
Ce frère du silence éternel. Ô cité !
Pendant qu'autour de nous tu chantes, ris et beugles,

Éprise du plaisir jusqu'à l'atrocité,
Vois ! Je me traîne aussi ! Mais, plus qu'eux hébété[13],
Je dis : que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?

 



[1] Guenille = vêtement usé, déchiré

[2] Aumône = don fait aux pauvres

[3] Prunelle = pupille de l’œil

[4] Fiel = la bile, l’amertume

[5] Aiguiser = rendre coupant

[6] Frimas = brouillard froid qui devient glace en tombant

[7] Echine = dos

[8] Parachever = terminer quelque chose en y mettant le plus grand soin, parfaire

[9] S’empêtrer = s’embarrasser, patauger

[10] Savate = chaussure usée

[11] Darder = lancer vivement

[12] Appesantie = pesant lourd

[13] Hébété =  ahuri, étourdi, idiot


Compréhension :

Sept vieillards :

Baudelaire, "Sept vieillards", les champs lexicaux

Les aveugles

Baudelaire, "Les aveugles", champs lexicaux

Réflexion :

-Comment les vieillards sont-ils perçus par la société ?

-Comment les aveugles sont-ils perçus par la société ?

-Pourquoi Baudelaire fait-il le portrait des exclus de la société ?

 

B.      Description détaillée de la misère

L’Assommoir est un roman naturaliste, mouvement littéraire qui découle du réalisme et dont Zola est le chef de file. Dans cette œuvre, on suit l’évolution sociale du personnage centrale : Gervaise. Roman consacré au monde ouvrier, Zola écrit dans la Préface : « J'ai voulu peindre la déchéance fatale d'une famille ouvrière dans le milieu empesté de nos faubourgs », en d’autres termes, Zola s’attache, dans ce roman, à décrire précisément la condition sociale des ouvriers, condition grandement marquée par la misère. Dans cet extrait, nous sommes au début du roman : Gervaise, inquiète car son amant n’est pas rentré de la nuit, regarde longuement à la fenêtre, dans l’espoir de le voir rentrer.

Extrait de L’Assommoir d’Emile Zola

« A la barrière, le piétinement de troupeau continuait, dans le froid du matin. On reconnaissait les serruriers à leurs bourgerons[1] bleus, les maçons à leurs cottes[2] blanches, les peintres à leurs paletots[3], sous lesquels de longues blouses passaient. Cette foule, de loin, gardait un effacement plâtreux, un ton neutre, où dominaient le bleu déteint et le gris sale. Par moments, un ouvrier s’arrêtait, rallumait sa pipe, tandis qu’autour de lui les autres marchaient toujours, sans un rire, sans une parole dite à un camarade, les joues terreuses, la face tendue vers Paris, qui, un à un, les dévorait par la rue béante du Faubourg Poissonnière. Cependant, aux deux coins de la rue des poissonniers, à la porte des deux marchands de vin qui enlevaient leurs volets, des hommes ralentissaient le pas ; et, avant d’entrer, ils restaient au bord du trottoir, avec des regards obliques[4] sur Paris, les bras mous, déjà gagnés par une journée de flâne[5]. Devant le comptoir[6], des groupes s’offraient des tournées, s’oubliaient là, debout, emplissant les salles, crachant, toussant, s’éclaircissant la gorge à coup de petites verres. »


[1] Bourgeron = blouse d’ouvrier en toile

[2] Cotte = blouse courte ou pantalon de travail porté par les ouvriers

[3] Paletot =  veste qui se porte par-dessus d’autres vêtements

[4] Oblique = en travers, en biais

[5] Flâne = vient de flâner, se promener sans but précis, en prenant son temps

[6] Comptoir = table longue et étroite où sont servies les consommations dans un café.

Compréhension :

Zola, L'Assommoir, compréhension

Réflexion :

-On dit souvent des romans de Zola qu’ils sont « scientifiques », selon-vous, pourquoi ?


II.                    Transformer le laid en beau

« Les petites vieilles » est le sixième poème de la section des Tableaux parisiens, il est dédié à Victor Hugo. Il est composé de quatre parties de 9, 3, 3 et 6 strophes d’Alexandrins. Les rimes sont alternées (ABAB) et respectent l’alternance entre rimes féminines et rimes masculines. Dans ce poème, l’auteur fait encore une fois le portrait de personnages exclus de la société, mais cette fois ci, il met l’accent sur leur déchéance puisque ces vieilles femmes aujourd’hui délaissées étaient, par le passé, admirées de tous.

Les petites vieilles,  (dédié à Victor Hugo)

« Ces monstres disloqués[1] furent jadis[2] des femmes,
Éponine[3] ou Laïs[4] ! Monstres brisés, bossus[5]
Ou tordus, aimons-les ! Ce sont encor des âmes.
Sous des jupons troués et sous de froids tissus

(…)


Telles vous cheminez, stoïques[6] et sans plaintes,
À travers le chaos des vivantes cités,
Mères au cœur saignant, courtisanes[7] ou saintes,
Dont autrefois les noms par tous étaient cités.

Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire,
Nul ne vous reconnaît ! Un ivrogne incivil
Vous insulte en passant d'un amour dérisoire[8] ;
Sur vos talons gambade[9] un enfant lâche et vil.

Honteuses d'exister, ombres ratatinées[10],
Peureuses, le dos bas, vous côtoyez les murs ;
Et nul ne vous salue, étranges destinées !
Débris d'humanité pour l'éternité mûrs !

Mais moi, moi qui de loin tendrement vous surveille,
Œil inquiet, fixé sur vos pas incertains,
Tout comme si j'étais votre père, ô merveille ! »



[1] Disloqué = démembré, déboité, désarticulé

[2] Jadis = autrefois

[3] Éponine = nom d’une déesse gauloise, d’une sainte catholique, mais aussi d’un personnage du roman « Les misérables » de Victor Hugo

[4] Laïs = nom de plusieurs prostituées de la Grèce antique

[5] Bossu = personne qui a une bosse sur le dos

[6] Stoïque = qui supporte la douleur et l’adversité avec courage

[7] Courtisane = prostituée qui ne travaillait que dans les rangs les plus élevés de la société

[8] Dérisoire = très faible, ridicule

[9] Gambader = batifoler, bondir, s’ébattre

[10] Ratatiné = rabougri, flétri, rapetissé 

Compréhension :

Baudelaire, "Les petites vieilles", champs lexicaux

Baudelaire, "Les petites vieilles", compréhension

Réflexion :

-Quelles  idées transmettent les mots « jadis » et « autrefois », ainsi que l’emploi du passé simple ?

-Baudelaire se compare au père des vieilles femmes, qu’en déduisez-vous de son rôle envers elles en tant que poète ?

 

III.                    L’esthétique Baudelairien

« A une mendiante rousse » est le troisième poème de la section des Tableaux parisiens, il est composé de 56 vers répartis en 14 quatrains. Chaque quatrain possède trois vers impairs et un vers pair et les rimes sont suivies (AABB). Au début de ce poème, Baudelaire fait l’éloge de la beauté d’une jeune mendiante, petit à petit, l’auteur nous entraine dans ses pensées, avant de mieux revenir brusquement à la réalité.

« L’amour du mensonge » est le  treizième poème de la section des Tableaux parisiens, il est composé de six quatrains d’Alexandrins et les rimes sont alternées (ABAB). Dans les deux premières strophes de ce poème, Baudelaire se place en spectateur et nous fait la description d’une femme en insistant sur sa beauté. Dans les deux strophes suivantes, il nous fait part de son admiration et de ses interrogations quant à son identité. Enfin, dans les deux dernières strophes, il explique que cette beauté apparente n’est que superficielle, mais il revendique son gout pour cette illusion.

A une mendiante rousse

 

L’amour du mensonge

 

« Blanche fille aux cheveux roux,
Dont la robe par ses trous
Laisse voir la pauvreté
Et la beauté,

Pour moi, poète chétif[1],
Ton jeune corps maladif,
Plein de taches de rousseur[2],
A sa douceur.

Tu portes plus galamment[3]
Qu'une reine de roman
Ses cothurnes[4] de velours
Tes sabots[5] lourds.

(…)
- Cependant tu vas gueusant[6]
Quelque vieux débris gisant
Au seuil de quelque Véfour[7]
De carrefour ;

Tu vas lorgnant en dessous
Des bijoux de vingt-neuf sous
Dont je ne puis, oh ! pardon !
Te faire don.

Va donc ! sans autre ornement[8],
Parfum, perles, diamant,
Que ta maigre nudité,
Ô ma beauté ! »

 

« Quand je te vois passer, ô ma chère indolente[9],
Au chant des instruments qui se brise au plafond
Suspendant ton allure harmonieuse et lente,
Et promenant l'ennui de ton regard profond ;

Quand je contemple, aux feux du gaz qui le colore,
Ton front pâle, embelli par un morbide attrait,
Où les torches du soir allument une aurore,
Et tes yeux attirants comme ceux d'un portrait,

 

Je me dis : Qu’elle est belle !et bizarrement[10] fraîche !

Le souvenir massif, royale et lourde tour,

La couronne, et son cœur, meurtri comme une pêche,

Est mûr, comme son corps, pour le savant amour.

Es-tu le fruit d’automne aux saveurs souveraines ?

Est tu vase funèbre attendant quelques pleurs,

Parfum qui fait rêver aux oasis lointaines,

Oreiller caressant, ou corbeille de fleurs ?

Je sais qu'il est des yeux, des plus mélancoliques
Qui ne recèlent point de secrets précieux ;
Beaux écrins[11] sans joyaux[12], médaillons[13] sans reliques[14],
Plus vides, plus profonds que vous-mêmes, ô Cieux !

Mais ne suffit-il pas que tu sois l'apparence,
Pour réjouir un cœur qui fuit la vérité ?
Qu'importe ta bêtise ou ton indifférence ?
Masque ou décor, salut ! J'adore ta beauté. »

 



[1] Chétif = maigre, frêle, de faible constitution

[2] Taches de rousseur = petites taches brunes sur la peau

[3] Galamment = avec élégance

[4] Cothurnes = Chaussures portées par des acteurs à l’époque de l’Antiquité Grecque

[5] Sabot = chaussure de bois

[6] Gueusant = en faisant la quête, en mendiant

[7] Véfour = Grand restaurant parisien

[8] Ornement = Décoration, accessoire, artifice

[9] Indolente =  nonchalante, paresseuse, fainéante

[10] Bizarrement = étrangement

[11] Ecrin = boite, coffret utilisé pour ranger des bijoux, des objets précieux

[12] Joyaux = pierres précieuses

[13] Médaillon = bijou de forme circulaire

[14] Reliques = restes du corps d’un saint qui est l’objet d’une grande vénération

 

À une mendiante rousse 

Compréhension :

-Relevez dans le poème « À une mendiante rousse » le champ lexical de la beauté, puis celui de la pauvreté. 

Baudelaire, "À une mendiante rousse", compréhension

Réflexion :

-Cette jeune femme possède-elle une beauté naturelle ou artificielle ?

 

L’amour du mensonge 

Compréhension :

-Relevez dans le poème « L’amour du mensonge », le champ lexical de la beauté. 

Baudelaire, "L'amour du mensonge", l'être et le paraître

Réflexion :

-Selon vous, l’auteur préfère-t-il l’être ou le paraitre ? (justifiez en citant le texte)

-Dans le premier poème, l’auteur décrit la femme en fonction de sa beauté et de se pauvreté. Selon vous, laquelle de ces caractéristique appartient à l’être et laquelle appartient au paraitre ?

-Baudelaire admirerait-il autant cette femme si elle n’était pas belle ?

-Une femme qui userait d’artifices pour être belle serait-elle admirée de Baudelaire ? 


IV.                    Le récit des tragédies ordinaires

Chez Modiano, les conditions de vie des habitants sont très présentes. Les descriptions du roman, sont marquées par les inégalités sociales: la chambre de bonne d’Odile s’oppose l’appartement luxueux de Bejardy… Mais le cœur du roman est plus axé sur les péripéties des deux personnages principaux. Il est vrai qu’il ne leur arrive aucune grande aventure, aucun drame déchirant, cependant, leur quotidien est marqué par de multiples et ordinaires tragédies. Le texte présenté ci-après est la quatrième de couverture du roman Une jeunesse, elle est suivie de sept courts extraits de ce roman.

Dans un Paris où ils sont livrés à eux-mêmes[1], deux très jeunes gens, Odile et Louis, font l'«apprentissage de la ville[2]» et d'une vie de hasards, d'expédients[3] et d'aventures.

 

Ils ont pour eux leur innocence et croisent sur leur route des individus singuliers[4], émouvants mais quelquefois peu recommandables qui les entraînent dans des chemins de traverse[5].

 

Mais, en définitive, aussi trouble et aussi chaotique que soit un début dans la vie, il se métamorphose, avec le temps, en un beau souvenir de jeunesse, que les deux héros de ce livre sont désormais seuls à partager.

 



[1] Etre livré à soi-même = ne dépendre que de soi, n’avoir aucune aide, aucune personne pour vous secourir.

[2] « L’apprentissage de la ville » fait écho à l’expression « l’apprentissage de la vie », c’est-à-dire les différentes expériences, échecs et réussites desquels on tire un apprentissage personnel. Ici, avec le mot « ville », on souhaite  simplement placer cet apprentissage de la vie au sein de la ville, avec toutes les conséquences que cela implique.

[3] Expédient = moyen utilisé pour se sortir des problèmes, échappatoire

[4] Singulier = particulier

[5] Chemin de traverse = raccourcis 

Extrait 1 :

- Vous êtes là parce que vous vous intéressez à la musique ? demanda encore Bellune.

Sa voix douce et sa gravité inspiraient toujours confiance. Elle fît un signe affirmatif de la tête.

- Ça tombe bien, dit Bellune. Je travaille pour une maison de disques. Je peux vous aider, si vous voulez...

Extrait 2 : Louis rejoignit la salle des Pas-Perdus. Il était trop tard pour aller dîner rue de la Croix-Nivert. Il se dirigeait vers les escaliers par où l'on sort de la gare quand il remarqua, à gauche, le petit buffet aménagé dans le passage vitré. Il y pénétra, s'assit à une table, commanda un café au lait et deux tartines.

Il n'y avait pas d'autres consommateurs que lui, en raison de l'heure tardive. Sauf, à une table du fond, une fille qui paraissait dormir, le front posé contre son bras replié. Louis ne voyait que ses cheveux châtains.

Extrait 3 : Pour ne pas trop souffrir de la faim, ils dormaient et restaient allongés le plus longtemps possible. Ils perdaient la notion du temps, et, si Brossier n'était pas revenu, ils n'auraient plus jamais quitté cette chambre, ni ce lit où ils écoutaient de la musique en se laissant dériver peu à peu. La dernière image du monde extérieur, c'étaient les flocons de neige qui tombaient toute la journée dans l'encadrement de la fenêtre.

Extrait 4 : Il se tourna vers Louis :

- Lui, nous allons essayer de lui donner une bonne situation. J'espère qu'il se montrera à la hauteur...

 (…)Dites-moi, Louis... J'ai pris rendez-vous avec mon ami Bejardy... jeudi à trois heures... chez lui... Vous devriez vous raser, mon vieux... vous avez l'air d'un clochard...

Extrait 5 : Il déboutonnait son corsage et elle n'opposait aucune résistance. Maintenant, elle était allongée sur le ventre, il faisait glisser sa jupe et son slip et lui caressait les fesses. Elle éprouvait du dégoût en se rappelant ses doigts trop soignés. Elle regardait devant elle, le menton contre le bord du canapé. Les lumières de l'avenue se brouillaient à travers le rideau de gaze comme le contour des meubles et des objets. Dehors, il pleuvait. Là, au moins elle était à l'abri. Il suffisait de ne pas bouger et, selon l'une des expressions de Bellune qu'elle aimait bien, de se fondre dans le décor. Si ce type pouvait l'aider... 

Extrait 6 :

 - Voilà... ce voyage en Angleterre... C'est pour rendre un service à Bejardy...

Et après avoir pris son souffle, il lui donna des détails d'une voix précipitée, comme s'il craignait qu'elle l'interrompît. Tous les détails. Qu'il était chargé par Bejardy de faire passer en Angleterre une somme de près de cinq cent mille francs en espèces, qu'il toucherait un pourcentage là-dessus et que l'astuce consistait à se mêler à un groupe des « Jeunesse-Échanges franco-anglais » pour franchir la douane sans risque. Stewart, le directeur de « Jeunesse-Échanges », était lui-même dans le coup, paraît-il.

Elle l'écoutait, les yeux grands ouverts. Quand il eut fini, ils restèrent un instant silencieux.

-Je suis sûre qu'ils avaient cette idée en tête depuis le début, dit-elle.

- Oh oui... certainement...

Louis haussa les épaules. On verrait bien ce qui se passerait. Il devina qu'elle pensait la même chose que lui.

Extrait 7 : L'enveloppe contenait une coupure de presse jaunie :

« Hier soir, les inspecteurs de la police judiciaire ont arrêté dans une pension de famille de Neuilly, rue Charles-Lafitte, Roland Chantain de Bejardy, vingt-cinq ans, meurtrier présumé de l'Américain Parker.

 

Compréhension :

-Dans la quatrième de couverture, relevez le champ lexical de l’insécurité et de l’incertitude. 

Modiano, Une jeunesse, compréhension

Réflexion :

-Selon vous, pourquoi Odile et Louis ont-ils tant de difficulté à vivre à Paris ? Pourquoi peut-on dire qu’ils sont exclus de la société ?


V.                    Activité type Bachibac

Question de langue : Dans le quatrième extrait d’Une jeunesse, expliquez le sens des mots « Mon vieux » et « clochard » : « Vous devriez vous raser, mon vieux... vous avez l'air d'un clochard... »

Mon vieux :

Clochard :

 

Question d’argumentation : Dans la société actuelle, pensez-vous que ce qui a le plus d’importance est l’être ou le paraître ? Argumentez. (250 mots)

 

Essai : A travers les poèmes de la section des Tableaux parisiens de Baudelaire et le roman « Une jeunesse » de Modiano (ou d’autres auteurs français que vous connaissez), montrez comment la thématique de l’exclusion sociale et la misère est prédominante. (300 mots)


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