La Laideur, une source d’inspiration

La Laideur, une source d’inspiration

Introduction :

Paris est, selon celui qui la contemple, la ville de la splendeur, ou la ville de la laideur. L’art est souvent l’expression de la subjectivité de l’artiste. Pourtant, il est des subjectivités que l’on retrouve chez de nombreuses personnes… Ici, nous allons nous intéresser à un regard sur Paris, un regard particulier, mais partagé par de nombreux artistes : celui de la laideur de Paris. Et nous allons voir comment, entre attraction et répulsion, nos artistes sont souvent tiraillés. Mais, si leurs sentiments à l’égard de la capital ne sont pas forcément tranchés, il n’en reste pas moins qu’ils trouvent dans cette ambiguïté, une intarissable source d’inspiration.

Présentation des documents :

-Document 1 : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens, « Le Cygne », 1861

-Document 2 : Camille, Paris, 2002

-Document 3 : Thomas Dutronc, J’aime plus Paris, 2007

-Document 4 : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux Parisiens, « Le soleil », 1857

-Document 5 : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens,  « Rêve parisien », 1857

 

I. Nostalgie d’une ville perdue

« Le cygne » est le quatrième poème de la section des Tableaux Parisiens. Il est divisé en deux parties, la première de 7 quatrains d’Alexandrins, la seconde de 6 quatrains d’Alexandrins. Les rimes sont croisées (ABAB) et respectent l’alternance des rimes masculines et féminines. A travers le personnage du cygne (symbole des exilés), Baudelaire évoque le regret d’une ville bouleversée par les changements Haussmanniens, en effet, les mutations de Paris (qui viennent de débuter) rythment ce poème, comme c’était le cas dans Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo. C’est d’ailleurs à Victor Hugo -lui-même exilé- qu’est dédié ce poème.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux Parisiens, extrait du   poème « Le cygne », 1861

« Andromaque, je pense à vous ! Ce petit fleuve,
  Pauvre et triste miroir où jadis resplendit
  L'immense majesté de vos douleurs de veuve,
  Ce Simoïs menteur qui par vos pleurs grandit,
 
  A fécondé soudain ma mémoire fertile,
  Comme je traversais le nouveau Carrousel.
  Le vieux Paris n'est plus (la forme d'une ville
  Change plus vite, hélas ! que le cœur d'un mortel) ;
 
  Je ne vois qu'en esprit tout ce camp de baraques,
  Ces tas de chapiteaux ébauchés et de fûts,
  Les herbes, les gros blocs verdis par l'eau des flaques,
  Et, brillant aux carreaux, le bric-à-brac confus.

Là s'étalait jadis une ménagerie ;
  Là je vis, un matin, à l'heure où sous les cieux
  Froids et clairs le Travail s'éveille, où la voirie
  Pousse un sombre ouragan dans l'air silencieux,

[…]

Paris change ! mais rien dans ma mélancolie
  N'a bougé ! palais neufs, échafaudages, blocs,
  Vieux faubourgs, tout pour moi devient allégorie
  Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs

Aussi devant ce Louvre une image m'opprime :
  Je pense à mon grand cygne, avec ses gestes fous,
  Comme les exilés, ridicule et sublime
  Et rongé d'un désir sans trêve ! et puis à vous,

[…]

A quiconque a perdu ce qui ne se retrouve
  Jamais, jamais ! à ceux qui s'abreuvent de pleurs
  Et tètent la Douleur comme une bonne louve !
  Aux maigres orphelins séchant comme des fleurs !»
 
 

Compréhension :

Baudelaire, Le cygne, entre passé et présent, QCM

Baudelaire, Le cygne, les champs lexicaux  

Réflexion :

-Quel est le sentiment de Baudelaire face à cette nouvelle ville qui se dessine sous ses yeux ?

- Le souvenir se rapporte à un élément passé et disparu, le roc, lui, donne une impression d’éternel, d’immuable. Observez ce vers et réfléchissez à ce qu’a voulu dire Baudelaire.

« Et mes chers souvenirs sont plus lourds que des rocs »

-Pourquoi est-il important pour Baudelaire d’écrire sur cette nouvelle ville et sur le souvenir de la ville passée ?

 

II.   Entre attraction et répulsion, un éternel paradoxe

Camille, Paris, 2002

écoutez cette chanson et lisez le vocabulaire suivant

http://www.youtube.com/watch?v=fxQWbMenYCc

Vocabulaire :

-je me barre = je m’en vais

-morose = triste

-un pari = jeu qui consiste à faire s’affronter deux oppositions, celui qui a raison, gagne le pari (ex :  je parie que c’est l’équipe de Paris qui va gagner VS je parie que c’est l’équipe de Marseille qui va gagner)

-un cap = une direction

-je te plaque = je te quitte

-une bouche de métro = une entrée de métro

-un bateau mouche = bateau à fond plat qui navigue sur la Seine

- avoir le mal du pays = ressentir le manque de son pays

 

Compréhension orale

Camille, Paris, compréhension

 Camille, Paris, texte à trous

 

Thomas Dutronc, J’aime plus Paris, 2007

http://www.youtube.com/watch?v=VAfeqAYndZY

 

Je fais le plein d'essence,
  Je pense aux vacances,
  Je fais la gueule,
  Et je suis pas le seul
 
  le ciel est gris,
  les gens aigris[1]
  je suis pressé
  je suis stressé
 
  j'aime plus paris
  on court partout ca m'ennuie
  je vois trop de gens,
  je me fous de leur vie
  j'ai pas le temps,
  je suis si bien dans mon lit
 
  prépare une arche
  Delanoë[2]
  tu vois bien,
  qu'on veut se barrer
  même plaqué or, paris est mort
  il est 5 hors, paris s'endort[3]
 
  je sens qu'j'étouffe
  je manque de souffle
  je suis tout pale
  sur un petit pouf
 
  j'aime plus paris,
  non mais on se prend pour qui,
  j’veux voir personne,
  coupez mon téléphone
  vivre comme les nones,[4]
  j’parle pas de John[5]
 
  j'aime plus paris
 
 
 

 

passé le périph,
  les pauvres r
  n'ont pas le bon gout
  d'être millionnaires
 
  pour ces parias,[6]
  la ville lumière
  c'est tout au bout,
  du RER
  y a plus de titi
  mais des minets
 
  paris sous cloche
  ça me gavroche[7]
  il est finit, le paris d'Audiard[8]
  Mais aujourd'hui, voir celui d'édiar[9]
 
  j'aime plus paris,
  non mais on se prend pour qui,
  je vois trop de gens
  je me fous de leur vie
  j'ai pas le temps
  je suis si bien dans mon lit
 
  j'irais bien, voir la mer
  écouter les gens se taire
  j'irais bien boire une bière
  faire le tour de la terre
 
  j'aime plus paris,
  non mais on se prend pour qui
  je vois trop de gens
  je me fous de leur vie
  j'ai pas le temps
  je suis si bien dans mon lit
 
  pourtant paris,
  c'est toute ma vie
  c'est la plus belle
  j'en fais le pari
  il n'y a qu'elle
  c'est bien l'ennuie
 
  j'aime plus paris.

[1] Aigri = amer, froissé, désenchanté, irrité

[2] Delanöe (Bertand) est un homme politique français, conseiller de Paris depuis 1977, Député de Paris de 1981 à 1986, maire de Paris depuis 2001

[3] Fait écho au titre de la chanson de Jacques Dutronc (père de Thomas Dutronc) : Il est cinq heures Paris s’éveille.

[4] Une nonne = une religieuse

[5] « Les nonnes » se prononce comme  « Lennon » (John Lennon, fondateur et membre du groupe des Beatles)

[6] Paria = personne rejetée, exclue

[7] Ça me gavroche = mélange de : ça me gave (expression vulgaire pour dire « ça m’énerve ») et gavroche, personnage du roman Les Misérable (de Victor Hugo), qui prend les traits d’un enfant parisien.

[8] Cinéaste français qui a beaucoup représenté les parisien des années 60

[9]

Compréhension écrite :

Thomas Dutronc/Camille

 

Réflexion :

-Quel est le paradoxe évoqué par ces deux chansons ?                              

 

III.  La laideur, un fléau à transformer

A.      Le rôle du poète :

« Le soleil » est le deuxième poème de la section des Tableaux parisiens. Il est composé de trois strophes de 8, 8 et 4 Alexandrins, les rimes sont suivies (AABB). Les deux premières strophes sont dédiées aux bienfaits du soleil sur la créativité du poète, la dernière quant à elle, fait le parallèle entre les bienfaits du soleil et le rôle du poète. L’optimisme flagrant de ce poème s’explique par le fait que Baudelaire l’a écrit au cours de sa jeunesse.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens « Le   soleil » 1857

Le long du vieux faubourg, où pendent   aux masures[10]
  Les persiennes, abri des secrètes luxures,
  Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
  Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
  Je vais m'exercer seul à ma fantasque escrime,
  Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
  Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
  Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.
 
  Ce père nourricier, ennemi des chloroses[11],
  Eveille dans les champs les vers comme les roses ;
  Il fait s'évaporer les soucis[12]   vers le ciel,
  Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
  C'est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles[13]
  Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
  Et commande aux moissons[14]   de croître[15]   et de mûrir
  Dans le cœur immortel qui toujours veut fleurir !
 
  Quand, ainsi qu'un poète, il descend dans les villes,
  Il ennoblit[16]   le sort des choses les plus viles[17],
  Et s'introduit en roi, sans bruit et sans valets,
  Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.

 

[10] Masure = maison misérable

[11] Chlorose = maladie des plantes qui se traduite par des tâches sur les feuilles

[12] Soucis = maladie

[13] Béquille = canne qui aide les blessés ou handicapés à marcher

[14]  Les moissons = les récoltes

[15] Croître = grandir

[16] Ennoblir = donner de la noblesse, améliorer

[17] Vil = méprisable, sordide

Compréhension :

Baudelaire, Le soleil, compréhension

 

Réflexion :

Selon Baudelaire, le soleil et le poète ont des rôles très semblables. Si le soleil est bénéfique et embelli la nature et les hommes, quel est le rôle du poète et comment l’accompli-t-il?

 

B.      Transformer la laideur en beauté

« Rêve parisien » est l’avant dernier poème de la section des Tableaux parisiens, il est constitué de quatrains aux rimes croisées et est séparé en deux parties. La première compte 13 strophes, et est dédiée à la description du rêve. La seconde, beaucoup plus courte (seulement deux strophes) est dédiée au réveil. Ce poème est dédié à Constantin Guys, peintre contemporain de Baudelaire. Celui-ci admirait beaucoup l'artiste et lui consacra un ouvrage, dans lequel il définit sa propre esthétique. Le poète nous raconte donc un rêve, mais il créé son poème à la manière du peintre pour créer par touches successives un tableau qu'il oppose à la réalité maussade.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux   parisiens, « Rêve parisien », 1857

I
 
  De ce terrible paysage,
  Tel que jamais mortel n'en vit,
  Ce matin encore l'image,
  Vague et lointaine, me ravit[1].
 
  Le sommeil est plein de miracles !
  Par un caprice singulier,
  J'avais banni[2]   de ces spectacles
  Le végétal irrégulier,
 
  Et, peintre fier de mon génie,
  Je savourais dans mon tableau
  L'enivrante[3]   monotonie
  Du métal, du marbre et de l'eau.
 
  Babel d'escaliers et d'arcades,
  C'était un palais infini,
  Plein de bassins et de cascades
  Tombant dans l'or mat ou bruni ;
 
  Et des cataractes[4]   pesantes,
  Comme des rideaux de cristal,
  Se suspendaient, éblouissantes,
  A des murailles de métal.
 
  Non d'arbres, mais de colonnades
  Les étangs dormants s'entouraient,
  Où de gigantesques naïades[5],  
  Comme des femmes, se miraient[6].
 
  Des nappes d'eau s'épanchaient, bleues,
  Entre des quais roses et verts,
  Pendant des millions de lieues,
  Vers les confins[7]   de l'univers ;
 
  C'étaient des pierres inouïes[8]
  Et des flots magiques ; c'étaient
  D'immenses glaces éblouies
  Par tout ce qu'elles reflétaient !
 
  Insouciants et taciturnes[9],  
  Des Ganges[10],   dans le firmament,
  Versaient le trésor de leurs urnes
  Dans des gouffres[11]   de diamant.
 
  Architecte de mes féeries,
  Je faisais, à ma volonté,
  Sous un tunnel de pierreries
  Passer un océan dompté ;
 
  Et tout, même la couleur noire,
  Semblait fourbi[12],   clair, irisé[13]   ;
  Le liquide enchâssait sa gloire
  Dans le rayon cristallisé.
 
  Nul astre d'ailleurs, nuls vestiges
  De soleil, même au bas du ciel,
  Pour illuminer ces prodiges,
  Qui brillaient d'un feu personnel !
 
  Et sur ces mouvantes merveilles
  Planait (terrible nouveauté !
  Tout pour l'oeil, rien pour les oreilles !)
  Un silence d'éternité.
 
  II
 
  En rouvrant mes yeux pleins de flamme
  J'ai vu l'horreur de mon taudis[14],  
  Et senti, rentrant dans mon âme,
  La pointe des soucis maudits ;
 
  La pendule aux accents funèbres
  Sonnait brutalement midi,
  Et le ciel versait des ténèbres
  Sur le triste monde engourdi[15].  



[1] Ravir = enchanter

[2] Bannir = expulser, exclure

[3] Enivrer = charmer, exalter

[4] Cataracte = importante chute d’eau sur le cours d’une rivière

[5] Une Naïade est une nymphe des eaux

[6] Se mirer = se regarder

[7] Les confins = les limites

[8] Inouïes = admirable, extraordinaire, fabuleux

[9] Taciturne = secret, silencieux

[10] Gange = Fleuve sacré en Inde

[11] Gouffre = abysse, cavité naturelle très profonde

[12] Fourbi = brillant

[13] Irisé = coloré aux couleurs de l’arc en ciel

[14] Taudis = logement misérable, insalubre

[15] Engourdi = ralenti, endormi

 

Compréhension :

Baudelaire, Rêve parisien, compréhension

 

Réflexion globale :

-Quel est le sentiment commun à ces différents artistes ?

-Quel est le thème commun à ces différentes productions artistiques ?

-Pour la deuxième édition des Fleurs du Mal, en parlant de Paris, Baudelaire a terminé son épilogue par la phrase suivante : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or ». Qu’en déduisez-vous du rôle du poète ?

 

IV.  Activité type Bachibac

Question de langue :

A la fin de sa chanson, Camille dit « Paris perdu », expliquez ce jeu de mot.

 

Question d’argumentation :

Selon vous, est-il possible d’aimer et à la fois de détester une personne, une ville ou encore une œuvre d’art ? Argumentez (250 mots)

Essai : Comment la laideur peut-elle être source d’inspiration et de création artistique ? (300 mots)

 

 

Pour la correction, cliquez ici !



 

 

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