Paris, ville rêvée ou rêve illusoire

Paris, ville rêvée ou rêve illusoire

Introduction :

Comme nous le disons dans cette partie du site, Chacun porte un regard différent sur Paris. Paris est rêvé, idéalisé quand on n’y vit pas. On souhaite y vivre pour réaliser ses rêves, ses projets. Quand on y vit, on passe son temps à rêvasser, à flâner. Puis on rêve de mieux, on est déçu, on rêve d’un ailleurs… Indéniablement, Paris est lié au rêve, mais quel rêve ? C’est ce que nous allons tenter de voir à travers cette activité, à la fois chez nos auteurs au programme, mais aussi chez Flaubert, un contemporain de Baudelaire.

 

Documents :

-Document 1: Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857

-Document 2 : Patrick Modiano, Une jeunesse, (plusieurs extraits), 1981

-Document 3 : Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Tableaux parisiens, « Rêve parisien », 1857

 

I.                    Paris, ville rêvée, idéalisée

Madame Bovary est un roman de Flaubert, publié en 1857. Comme l’indique son titre original,  Madame Bovary, mœurs de province, l’action de ce roman n’est pas située à Paris, néanmoins, Emma Bovary (personnage centrale de ce roman), imagine Paris comme une ville merveilleuse, comme un ailleurs imaginaire, bien qu’elle n’y soit jamais allé.

Extrait de   Madame Bovary, de Gustave Flaubert,   1857

Paris,   plus vague que l’Océan, miroitait[1]   donc aux yeux d’Emma dans une atmosphère vermeille[2]. La   vie nombreuse qui s’agitait en ce tumulte[3] y   était cependant divisée par parties, classée en tableaux distincts. Emma n’en   apercevait que deux ou trois qui lui cachaient tous les autres, et   représentaient à eux seuls l’humanité complète. Le monde des ambassadeurs   marchait sur des parquets luisants[4],   dans des salons lambrissés[5] de   miroirs, autour de tables ovales couvertes d’un tapis de velours à crépines[6]   d’or. Il y avait là des robes à queue, de grands mystères, des angoisses   dissimulées sous des sourires. Venait ensuite la société des duchesses ; on y   était pâle ; on se levait à quatre heures ; les femmes, pauvres anges !   portaient du point d’Angleterre au bas de leur jupon, et les hommes,   capacités méconnues sous des dehors futiles, crevaient leurs chevaux par   partie de plaisir, allaient passer à Bade la saison d’été, et, vers la   quarantaine enfin, épousaient des héritières. Dans les cabinets de restaurant   où l’on soupe[7]   après minuit riait, à la clarté des bougies, la foule bigarrée[8] des   gens de lettres et des actrices. Ils étaient, ceux-là, prodigues comme des   rois, pleins d’ambitions idéales et de délires fantastiques. C’était une   existence au-dessus des autres, entre ciel et terre, dans les orages, quelque   chose de sublime. Quant au reste du monde, il était perdu, sans place   précise, et comme n’existant pas. Plus les choses, d’ailleurs, étaient   voisines, plus sa pensée s’en détournait. Tout ce qui l’entourait   immédiatement, campagne ennuyeuse, petits bourgeois imbéciles, médiocrité de   l’existence, lui semblait une exception dans le monde, un hasard particulier   où elle se trouvait prise, tandis qu’au-delà s’étendait à perte de vue   l’immense pays des félicités[9] et   des passions. Elle confondait, dans son désir, les sensualités du luxe avec   les joies du cœur, l’élégance des habitudes et les délicatesses du sentiment.  

 


[1] Miroiter = briller

[2] Vermeille = dorée ou rouge vif

[3] Tumulte = agitation, chahut

[4] Luire = briller

[5] Lambrisser = recouvrir

[6] Une crépine = frange utilisée pour la décoration des tapis

[7] Souper = dîner

[8] Bigarré = hétéroclite, coloré

[9] La félicité = bien-être, délice, bonheur

 

Compréhension :

Gustave Flaubert, Madame Bovary, comprehension.htm

Gustave Flaubert, Madame Bovary, champs lexicaux.htm


 

 

II.                    Paris, une ville pour réaliser ses projets ?

Au cours de son roman « Une jeunesse », Modiano fait allusion au rêve plusieurs fois, parmi les phrases suivante extraites de ce roman, une idée commune se dégage : le rêve d’accomplir quelque chose.

 

Au début du roman, Bellune se trouve au Palladium afin de recruter des nouveaux talents, il écoute et observe les différents jeunes artistes qui se succèdent sur l’estrade :

« Et leur rêve était si fort, si violent leur désir d’échapper par la musique à ce qu’ils pressentaient de leur vie, que Bellune percevait souvent les stridences des guitares et des voix qui s’éraillaient comme des appels au secours. »

 

Au début du roman, Odile se trouve au Palladium, elle ne chante pas et est silencieuse dans un coin de la discothèque. C’est  à ce moment-là que Bellune la remarque et l’aborde :

« Elle sursauta comme s'il l'avait tirée brusquement de son rêve et se tourna vers lui. »

 

Après un rendez-vous avec Bellune, Odile traverse l’avenue des Champs-Elysées qui est envahie par la foule, un jeune homme l’aborde et elle se réfugie dans un magasin de disques où elle écoute une chanson :

« Elle rêve qu'un jour, elle ne marchera plus dans cette foule et dans ce vacarme qui l'étouffent. »

 

Un peu plus loin dans le roman, Odile travaille à la création de son disque avec Bellune, ils parlent d’enregistrer des chansons, mais Bellune semble absent, distrait, on sait que par le passé, il fut un compositeur à succès, et que peu de temps plus tard, il se suicidera :

 "Ils remontaient la rue de Berri vers les Champs-Élysées, lui toujours silencieux, elle n'osant pas le distraire de sa rêverie."

 

Compréhension :

Modiano, Une jeunesse, comprehension.htm

 

 

III.                    Paris, du rêve à la désillusion.

A.      Prendre du bon temps

Voici une phrase extraite du roman « Une jeunesse » de Modiano.

« Ils étaient assis sur l'une des banquettes du Rêve, un café de la rue Caulaincourt que Louis aimait bien à cause de son nom. Cela amusait, Odile et lui, de dire: "Rendez-vous à cinq heures au Rêve... »

 

Réflexion :

-A quoi peuvent bien rêver Louis et Odile, lorsqu’ils sont assis au café du Rêve ?

-A votre avis, quel type de clientèle à l’habitude de se rendre au rêve ?

 

 

B.      Faire revivre le passé

Ces deux extraits du roman « Une jeunesse » de Modiano évoquent des lieux disparus et liés au passé de Louis : Le Vélodrome d’Hiver où son père a participé à des courses et le Tabarin, cabaret ou sa mère se produisait comme artiste.

 

"Mais il fait toujours le même rêve. Il est assis tout en haut d'un vélodrome désert et il regarde son père, agrippé au guidon, qui tourne lentement sur la piste."

 

"Cette nuit-là, il rêva que Paris était un creux noir qu'éclairaient seulement deux lueurs: le Vel'd'Hiv et le Tabarin. Des papillons affolés voletaient un instant autour de ces lumières avant de tomber dans le creux."

 

Réflexion :

 -Dans ces deux extraits, quelle est la fonction du rêve ?

-Quelle vision Louis possède-t-il de Paris ?

-Ces souvenirs sont-ils agréables ou désagréables ?

 

C.      Redessiner la réalité

« Rêve parisien » est l’avant dernier poème de la section des Tableaux parisiens, il est constitué de quatrains aux rimes croisées et est séparé en deux parties. La première compte 13 strophes, et est dédiée à la description du rêve. La seconde, beaucoup plus courte (seulement deux strophes) est dédiée au réveil. Ce poème est dédié à Constantin Guys, peintre contemporain de Baudelaire. Celui-ci admirait beaucoup l'artiste et lui consacra un ouvrage, dans lequel il définit sa propre esthétique. Le poète nous raconte donc un rêve, mais il créé son poème à la manière du peintre pour créer par touches successives un tableau qu'il oppose à la réalité maussade.

Charles Baudelaire, Rêve parisien (dédié à Constantin Guys)

 

I
  De ce terrible[1]   paysage,
  Tel que jamais mortel n'en vit,
  Ce matin encore l'image,
  Vague et lointaine, me ravit[2].
 
  Le sommeil est plein de miracles !
  Par un caprice singulier,
  J'avais banni[3]   de ces spectacles
  Le végétal irrégulier,
 
  Et, peintre fier de mon génie[4],  
  Je savourais dans mon tableau
  L'enivrante[5]   monotonie
  Du métal, du marbre et de l'eau.
 
  Babel[6]   d'escaliers et d'arcades[7],
  C'était un palais infini,
  Plein de bassins et de cascades
  Tombant dans l'or mat ou bruni ;
 
  Et des cataractes[8]   pesantes,
  Comme des rideaux de cristal,
  Se suspendaient, éblouissantes,
  A des murailles de métal.
 
  Non d'arbres, mais de colonnades
  Les étangs dormants s'entouraient,
  Où de gigantesques naïades[9],  
  Comme des femmes, se miraient[10].
 
 

Des nappes d'eau s'épanchaient, bleues,  
  Entre des quais roses et verts,
  Pendant des millions de lieues,
  Vers les confins[11]   de l'univers ;
 
 

C'étaient des pierres inouïes
  Et des flots magiques ; c'étaient
  D'immenses glaces éblouies
  Par tout ce qu'elles reflétaient !

Insouciants et taciturnes[12],  
  Des Ganges[13],   dans le firmament[14],  
  Versaient le trésor de leurs urnes
  Dans des gouffres de diamant.
 
  Architecte de mes féeries,
  Je faisais, à ma volonté,
  Sous un tunnel de pierreries
  Passer un océan dompté ;
 
  Et tout, même la couleur noire,
  Semblait fourbi[15],   clair, irisé[16]   ;
  Le liquide enchâssait sa gloire
  Dans le rayon cristallisé.
 
  Nul astre d'ailleurs, nuls vestiges
  De soleil, même au bas du ciel,
  Pour illuminer ces prodiges,
  Qui brillaient d'un feu personnel !
 
  Et sur ces mouvantes merveilles
  Planait (terrible nouveauté !
  Tout pour l'œil, rien pour les oreilles !)
  Un silence d'éternité.
 
  II


  En rouvrant mes yeux pleins de flamme
  J'ai vu l'horreur de mon taudis[17],  
  Et senti, rentrant dans mon âme,
  La pointe des soucis maudits ;
 
  La pendule aux accents funèbres
  Sonnait brutalement midi,
  Et le ciel versait des ténèbres
  Sur le triste monde engourdi.

 

 


[1] Terrible, ici signifie « incroyable »

[2] Ravir = réjouir

[3] Bannir = expulser, exclure

[4] Génie = talent

[5] Enivrer = charmer, exalter

[6] Babel : dans la Genèse, tour construite par les hommes pour atteindre le ciel

[7] Arcade = ouverture en forme d’arc, d’arche

[8] Cataracte = importante chute d’eau sur le cours d’une rivière

[9] Naïades = nymphe des eaux

[10] Se mirer = se regarder

[11] Les confins = les limites

[12] Taciturne = secret, silencieux

[13] Gange = Fleuve sacré en Inde

[14] Firmament = ciel étoilé, voute céleste

[15] Fourbi =  brillant

[16] Irisé = coloré aux couleurs de l’arc en ciel

[17] Taudis = logement misérable, insalubre

 

Compréhension :

Première partie, un rêve fabuleux 

Baudelaire, Rêve parisien, comprehension.htm

Réflexion:

-Le Paris idéalisé de Baudelaire repose sur l’équilibre entre deux éléments : l’œuvre des hommes et un élément naturel. Quels sont exactement ces éléments ?

Deuxième partie, un réveil douloureux :

-Relevez le champ lexical de l’enfer.

-Quel sentiment a Baudelaire pour la ville qui l’entoure ? Pourquoi son réveil est-il si brutal ?

-Dans ce poème, quelle fonction a le rêve ?

-Baudelaire, dans ce poème, ne décrit pas le Paris du XIXème siècle, cependant, à votre avis, comment le perçoit-il ?

 

 

IV.                    Activité type Bachibac

 

Question de langue :

Dans ce vers du poème « Rêve parisien », expliquez le sens du mot « glace » : « C’étaient d'immenses glaces éblouies par tout ce qu'elles reflétaient ! »

 

Question d’argumentation :

Selon vous, la rêverie est-elle utile ou est-ce une perte de temps ? (250 mots)

 

Essai :

Quels sont les différents aspects de la capitale ? Quels sont les rêves qui s’y font ? Pourquoi Paris est-elle une ville propice au rêve ? (300 mots)

 

 

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