Paris s'amuse: un souffle de modernité.

Paris s’amuse: un souffle de modernité.

Paris connaît au XXème siècle un renouveau dans le domaine du divertissement. La capitale française voit se multiplier, les cinémas, salles de concert et autres discothèques. Les divertissements de l’époque ressemblent déjà à ceux d’aujourd’hui.

Les théâtres et opéras:

Le Théâtre des Champs-Élysées est une salle de spectacle dans le 8ème arrondissement de Paris (15 Avenue Montaigne). Le bâtiment fut construit en 1913 et possède de très beaux plafonds et décors. Il se compose de trois salles de spectacles, une grande salle à l’italienne pour l’opéra, et deux autres dédiées au théâtre.

L’Opéra - Bastille est inauguré en 1989, il est situé sur la Place de la Bastille à Paris. Il s’agit du deuxième opéra parisien avec l’Opéra Garnier. C’est le Président François Mitterrand qui décide sa construction afin de décharger l’Opéra Garnier. L’Opéra-Bastille sera selon son souhait « moderne et populaire. »

Les cinémas :

Le Grand Rex est une salle de cinéma parisienne située dans le 2ème arrondissement au nº1 du Boulevard Poissonnière. Il date de 1932 et peut accueillir plus de 2700 personnes. C’est Jacques Haïk, alors propriétaire de l’Olympia, qui décide de sa création. Il s’agit d’une réplique du célèbre Radio City Music Hall de New York. Aujourd’hui, il accueille de nombreux one-man shows, concerts et autres spectacles en plus du cinéma.

Les cinémas Gaumont, chaîne de production et de distribution de 1895. Le Gaumont-Palace fut le premier cinéma de la chaîne à Paris. Construit en 1899 et investi en 1911, il se situait au nº1 de la rue Caulaincourt. Il est détruit en 1973 suite à sa fermeture. Il pouvait accueillir près de 6000 spectateurs et fut « un des plus grands cinémas de son époque ». De nos jours, les cinémas Gaumont sont partout en France et accueillent chaque jour de nombreux spectateurs.

Les salles de concerts :

La Cigale est une salle de spectacles construite en 1887 sur le Boulevard de Rochechouart dans le quartier de Pigalle. Elle se spécialise tout d’abord dans la revue et possède même pendant une époque un cabaret au sous-sol. Après être devenue une salle de cinéma dans les années 40, elle restera une salle de concerts et spectacles et accueille notamment chaque année le Festival des Inrockuptibles.

La Salle Gaveau est une salle de concerts classiques (tout comme la salle Pleyel) située dans le 8ème arrondissement. Construite dans les années 1906-1907, elle peut accueillir jusqu’à un millier de spectateurs. Son occupation est principalement la musique de chambre et elle appartient à la célèbre maison de pianos française du même nom.

Les discothèques :

Le Bus Palladium est une discothèque parisienne située au 6 rue Fontaine dans le quartier de Pigalle. Elle est fondée en 1965 par James Arch. Il pensait d’abord à créer un service de bus pour que les jeunes parisiens se rendent dans les discothèques parisiennes, d’où le nom de Bus Palladium, et créa par la suite sa propre discothèque. On y retrouve tous les jeunes chanteurs de l’époque et quelques grands groupes comme les Beatles ou Téléphone.

 

Document 1 : Patrick Modiano, Une jeunesse, extrait pp. 28-29, 1981.

Document 2 : Christopher Thompson, Bande-annonce de Bus Palladium, mars 2010.

Document 3 : Photos du Paris d’avant (source : internet).

Document 4 : Patrick Modiano, Une jeunesse, extrait pp. 82-84, 1981.

Document 5 : Patrick Modiano, Une jeunesse, extrait pp. 179-182, 1981.


Le document 1 est un extrait d’Une Jeunesse de Modiano qui raconte la rencontre de Georges Bellune et d’Odile au Bus Palladium, une discothèque très à la mode à l’époque.

Dans l'escalier, les vibrations des batteries et des guitares électriques accablaient1 toujours Georges Bellune. Il s'assit sur la banquette de cuir du premier étage, le buste raide, cherchant à rassembler ses forces avant de franchir le seuil du Palladium.

La demi-obscurité était trouée, au fond, à gauche, par la zone laiteuse de l'estrade où s'agitait un groupe de musiciens de rock'n'roll. Le chanteur hurlait, d'une voix encore mal assurée, un succès américain. Autour de l'estrade, se pressaient des garçons et des filles dont la plupart n'avaient pas encore vingt ans. Le batteur de l'orchestre, avec ses cheveux blonds frisés et ses grosses joues, parut à Bellune un enfant de troupe précocement vieilli. Il se fraya un passage jusqu'au bar et commanda un alcool. Après le troisième verre, il était moins sensible au bruit. Chaque fois qu'il venait au Palladium, il y restait une heure tandis que les orchestres et les chanteurs se succédaient sur l'estrade - adolescents de la banlieue ou jeunes employés du quartier. Et leur rêve était si fort, si violent leur désir d'échapper par la musique à ce qu'il pressentait de leur vie, que Bellune percevait souvent les stridences2 des guitares et les voix qui s'éraillaient3 comme des appels au secours.

Il avait plus de cinquante ans et travaillait dans une maison de disques. On le chargeait de se rendre deux ou trois fois par semaine au Palladium et de repérer certains groupes de musiciens amateurs. Bellune leur fixait rendez-vous à la maison de disques et ils y passaient une audition. A cet instant-là, il n'était rien d'autre qu'un employé des douanes qui choisit, dans une foule d'émigrants massés devant un bateau, deux ou trois personnes, et les pousse sur la passerelle d'embarquement. Il consulta sa montre et décida qu'il avait suffisamment fait acte de présence. Cette fois-ci, il ne se sentait même pas le courage de porter son attention sur un chanteur ou un groupe de musiciens. Marcher jusqu'à l'estrade en jouant des coudes lui semblait un acte surhumain. Non. Pas ce soir.

C'est alors qu'il remarqua sa présence. Il ne l'avait pas vue jusque-là parce qu'il lui tournait le dos. Une fille aux cheveux châtains, à la peau très pâle, les yeux clairs. Vingt ans à peine. Elle était assise au bar mais elle regardait vers le fond, hypnotisée. Un remous4 s'enflait, il y avait une bousculade, des applaudissements, des cris. Quelqu'un montait sur le podium : Vince Taylor. Pourquoi ne se mêlait-elle pas aux autres ? Son regard, fixé vers la seule zone lumineuse du Palladium, évoqua dans l'esprit de Bellune l'image d'un papillon hésitant qu'attiré la lampe. Sur le podium, Vince Taylor attendait que les applaudissements et les cris s'éteignent. Il régla le micro et commença à chanter.

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

  1. Faire céder sous le poids d’une charge physique ou morale, de manière à anéantir toute possibilité ou volonté de réaction.
  2. Caractère d’un son, d’un bruit strident (aigu, insupportable).
  3. Rendre la voix rauque ou voilée. 
  4. Mouvement, turbulence. 

Le Palladium-Une Jeunesse


Le document 2 est la bande-annonce du film Bus Palladium de Christopher Thompson sorti en France le 17 mars 2010. L’histoire se situe dans les années 80, cinq jeunes décident de former le groupe Lust afin de percer dans le monde du rock. 

 


 

En quoi retrouve-t-on dans cette bande-annonce, l’ambiance du Bus Palladium comme la décrit Modiano dans l’extrait précédent ? Justifiez votre réponse. 


 

Le document 3 est un ensemble de photos de l’époque qui représente les différents monuments de divertissement auparavant cités. (source : Site Paris Avant)

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La Cigale

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L’Opéra Garnier

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Le Bus Palladium

Commentez les changements apparus entre les époques. Que vous semble la nouvelle façade de la Cigale ? Pourquoi pensez-vous que l’Opéra Garnier est-il resté intact ? Retrouvez-vous la même ambiance entre le Bus Palladium de 1966 et celui de 2010 ?

 

Le document 4 est un extrait d’Une Jeunesse de Modiano, lorsque Louis et Odile vont au cabaret d’Auteuil, accompagnés de Bejardy et Brossier. Odile passe une audition et chante La chanson des rues.

 

On lui laissait à peine le temps de chanter entre un numéro de Caucasiens lanceurs de poignards et un fantaisiste imitant les sifflements de tous les oiseaux. Vietti - l'homme aux ongles manucurés - était là le premier soir. Il avait parlé d'elle au directeur de ce restaurant-cabaret d'Auteuil, puis l'avait ramenée porte Champerret vers une heure du matin en lui déclarant qu'il lui ferait bientôt enregistrer un disque, mais qu'il était nécessaire qu'elle se « rodât1 » un peu. Sur scène, elle portait une jupe très large de satin et un boléro incrusté de jais, costume que lui avait prêté la direction. Brossier avait parlé d'Odile à Bejardy, puisque celui-ci, un matin, au garage, interrogea Louis au sujet de sa « fiancée ». Et quand il sut qu'Odile chantait dans un cabaret, il parut amusé et décida qu'il fallait absolument aller l'écouter. Il retint une table de trois couverts pour lui, Brossier et Louis.

Bejardy avait connu cet établissement jadis2. Selon lui, le décor n'avait pas changé. C'étaient les mêmes tentures3 de velours sombre et, sur chacun des murs, les mêmes tableaux dans le goût du XVIIIe siècle : portraits ou scènes galantes4.

- Tu m'as emmené ici, un soir, avec Hélène et ta maman..., lui dit Brossier.

- Tu crois ? Nous fréquentions plutôt cette boîte du temps de l'avenue Alphand...

- Mais non... c'était avec Hélène et ta maman... Je ne devais pas être beaucoup plus âgé que vous, Louis....

Louis ne les écoutait pas. Il guettait avec anxiété l'apparition d'Odile. Jusque-là, elle avait refusé qu'il vînt, de peur que sa présence lui donnât le trac5. Mais Louis lui avait expliqué que ce soir il ne pouvait pas faire autrement que d'accompagner ceux qu'il appelait ses « patrons »…

- Ce n'est plus la même clientèle, constata Bejardy en promenant autour de lui un regard froid.

Il consultait la carte. Blinis et caviar. Du Krug6. Quelques pirochkis7 en attendant. Il ne demandait l'avis ni de Brossier, ni de Louis. Les cheveux noirs ondulés, le front haut, le buste droit, il émanait de lui une paisible autorité.

- Non... plus du tout la même clientèle...

A la table la plus proche de la leur, des Indonésiens, avant de commencer à dîner, hochaient cérémonieusement leurs têtes.

- Est-ce qu'au moins on la paie bien dans cette boîte, votre fiancée ? demanda Bejardy.

- Je crois.

Louis, incapable d'avaler la moindre bouchée, vidait nerveusement une coupe de Champagne.

- Allons... il faut manger, dit Bejardy en lui servant un blini.

- Louis est inquiet pour sa fiancée, dit Brossier.

- Voyons, voyons... je suis sûr qu'elle est épatante...

Les danseurs du Caucase saluaient au son d'une musique saccadée et la lumière baissait. Il ne restait plus qu'un faisceau bleu pâle qui éclairait le milieu de la scène. Silence. Un violon. Elle apparut dans le faisceau bleu pâle, un peu raide à cause du boléro et de la longue robe de satin.

- Votre fiancée ? demanda Bejardy.

- Oui, oui...

Elle chantait. Louis savait la chanson par cœur et craignait qu'elle oubliât une parole ou qu'elle s'interrompît brusquement. Il enfonçait ses ongles dans les paumes de ses mains et fermait les yeux. Mais la voix restait pure, Odile ne paraissait pas souffrir du trac et sa raideur avait du charme, surtout à la fin, quand elle interpréta un vieux succès, La Chanson des rues :

On y parle de tristesse, De rêves et d'amours déçus, Et du regret que vous laissent Les années qui ne sont plus...

Elle salua d'une timide inclinaison du buste. Les quelques applaudissements mous des Indonésiens étaient étouffés par les « Bravo ! Bravo ! » de Bejardy. Brossier agita le bras et lui fit signe de venir s'asseoir à leur table. Elle prit place à côté de Louis.

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

  1. Acquérir de l’expérience dans un domaine.
  2. Autrefois, dans un passé plus ou moins lointain.
  3. Ensemble de tissus servant à la décoration d’une salle.
  4. Tableaux représentants des scènes de la campagne, des bals et réunions ludiques organisés en plein air par l’aristocratie du 18ème siècle.
  5. Angoisse, sentiment d’appréhension, de doute.
  6. Marque de Champagne.
  7. Petits friands russes avec de la viande à l’intérieur.

Répondez aux questions suivantes :

1) Quels sont les différents termes utilisés par l’auteur pour définir le lieu ?

2) Quelles représentations peut-on y voir ? Y-a-t-il une adéquation avec  le type de lieu ?

3) Comment le local est-il décrit ? Quel est le type de décoration ?

4) Pourquoi Bejardy dit qu’il ne s’agit plus « de la même clientèle »? Justifiez votre réponse.

5) Que fait Odile ? Comment se passe sa prestation ?

 

Ce lieu vous semble-t-il du même genre que le Bus Palladium ? Pourquoi ?

 

Le document 5 est un extrait du roman Une Jeunesse de Modiano. Le passage cité se trouve vers la fin du livre lorsque les personnages principaux Odile et Louis rencontrent Bauer, un ancien créateur d’affiches de cabarets.

 

Il remplit une flûte à Champagne jusqu'à ras bords et la poussa devant le chien soupçonneux. Puis il sortit d'un des tiroirs du buffet un grand album relié de cuir vert.

- Tenez... Ce sont des souvenirs du temps où j'habitais dans l'atelier... Là où vous vivez maintenant...

Louis avait ouvert l'album et Bauer restait debout, derrière lui, Odile et le chien. Sur chacune des deux premières pages, une photo protégée par une feuille de plastique. Deux hommes aux traits réguliers, l'un brun et l'autre blond. Les photos dataient d'une trentaine d'années.

- Pierre Meyer et Van Duren... Deux artistes de music-hall, dit Bauer. Les deux hommes que j'ai le plus admirés de ma vie...

- Pourquoi ? demanda Odile.

- Parce qu'ils étaient beaux, dit Bauer d'un ton sans réplique. Ils se sont suicidés tous les deux... Alain Gerbault aussi, si l'on veut...

Louis tournait les pages de l'album. Des couvertures de programmes de divers music-halls signées « Bauer » d'une grande écriture hachurée.

- Vous avez peut-être connu ma mère ? demanda Louis. Elle travaillait au Tabarin...

- Ta maman ? Non, mon grand... Je n'ai connu personne au Tabarin... J'ai surtout travaillé pour la Miss...

Aux pages suivantes, étaient collées des photos de jeunes gens avec leurs noms et des dates de plus en plus proches. Les générations se succédaient. Et parmi tous ces jeunes gens aussi éclatants les uns que les autres, un homme d'âge mûr, à la bonne grosse bouille1, aux lèvres sinueuses2 et aux yeux plissés :

- Lui, c'est Tonton, du Liberty's...

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

  1. Visage aux joues rebondies, gros.
  2. Qui présente des courbes, une ligne ondulée.

Voici quelques éléments sur les personnages cités (en gras ici) et les lieux :

 

Le Tabarin : Le Bal Tabarin était un cabaret parisien situé 36 rue Victor-Massé dans le 9ème arrondissement au pied de Montmartre. Il est fondé en 1904 par le compositeur et chef d’orchestre Auguste Bosc. En 1915 il accueille les danseuses de French Cancan du Moulin Rouge puis sera équipé de machineries et de grands décors. Fréquenté par des officiers allemands pendant la 2nde guerre mondiale, l’établissement sera fermé en 1953 et remplacé par un supermarché et un immeuble en 1966.

La Miss : Jeanne Bourgeois dite la Mistinguett était une chanteuse et actrice française (1875- 1956). Elle fera de la revue au Moulin Rouge et du théâtre et cinéma muet. Elle aura une longue histoire d’amour avec Maurice Chevalier, d’où leur surnom « les danseurs obsédants » des Folies Bergère. Elle fut tout un symbole de l’époque des cabarets et music-halls.

Tonton : Gaston Baheux dit « Tonton » était un patron de cabarets parisiens né en 1897 et mort en 1966. Sa personnalité lui vaut rapidement le surnom de « Tonton de Montmartre ». Il entretient une amitié importante avec Colette à partir de 1942.

Le Liberty’s : Il s’agit d’un cabaret très renommé après la 1ère guerre mondiale appartenant à Tonton. Il était situé Place Blanche et devient rapidement « Chez Tonton », de part la grande personnalité de son propriétaire. Le Tout-Paris fréquente l’établissement, de Mistinguett à Édith Piaf en passant par Jackie et Gilbert Bécaud. Il fermera en 1956.

 

Quels sont les différents éléments qu’annonce ici l’auteur ? Si on met en relation, le Bus Palladium avec les éléments ici présents, on retrouve une date clé, laquelle ?

Recherchez des informations sur cette année et son importance pour l’auteur. (Vous pourrez vous aider des liens présents sur le blog). 

Atelier de Bauer- Une Jeunesse

 

Activité type Bachibac : Choisissez un des deux sujets présentés ci-dessous et développez votre réponse en environ 300 mots.

Essai : Sujet A.

Expliquez comment l’auteur s’implique dans son roman à travers des lieux populaires symboliques.

Sujet B.

En quoi les lieux évoqués dans Une Jeunesse donnent une vision de Paris à la fois passée et moderne ?

 

Pour aller plus loin:

Serge Gainsbourg, Qui est in? Qui est out ?, 1966.

http://www.youtube.com/watch?v=sieGXAP2dCg

Michel Delpech, Inventaire 66, 1966.

http://www.youtube.com/watch?v=ony63nRh8Zg

Les Élucubrations d’Antoine, 1966.

http://www.youtube.com/watch?v=b5FEOvjOVvQ

 

Pour la correction, cliquez ici !

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