Paris et ses cafés.

Paris et le Café.

Le Café est le lieu français par excellence. Un Café est tout d’abord l’endroit où l’on consomme typiquement du café mais il peut aussi signifier un événement culturel ou social, ou simplement un lieu propice au travail personnel, à la détente, à la création ou aux rencontres.

Dans la culture des cafés, on distingue les cafés littéraires et leurs dérivés, les cafés-concerts, les coffee-shop, etc. et Paris a acquis depuis le XVIIème siècle avec un renouveau après la Seconde Guerre Mondiale. On nommera surtout le Quartier de Saint-Germain des Prés, avec le café des Deux Magots et le café de Flore. 

Document 1 : Patrick Modiano, Une jeunesse, extrait pp. 18-20, 1981.

Document 2 : Patrick Modiano, Une jeunesse, extrait pp. 44-45, 1981.

Document 3 : Photos des cafés parisiens, auteurs variés.

Document 4 : Étienne Daho, Paris Le Flore, Paris, 1991.

Document 5 : Jacques Roubaud, La forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains, Paris, 2 passages.

Document 6 : Olivier Nakache, Eric Toledano, Intouchables, 2010, extrait vidéo.  

Document 7 : Louis Aragon, Aurélien, Paris, 1944, extrait pp. 205-206.


Le document 1 est un extrait d’Une Jeunesse de Modiano. Il s’agit du début du roman, lorsque Louis se souvient de sa rencontre avec Brossier.

 

Brossier lui avait fixé rendez-vous au Café du Balcon, vers sept heures. Il pensa soudain qu'il le connaissait depuis deux mois et que Brossier lui avait menti en lui disant qu'il n'était que de passage à Saint-Lô. Pourquoi avait-il prolongé son séjour ici, lui que ses « affaires » auraient dû rappeler à Paris ?

II avait rencontré Brossier pour la première fois, au Café du Balcon justement, alors qu'il attendait minuit pour rentrer à la caserne. Cet après- midi-là, il s'était promené le long des remparts, puis il avait suivi la route nationale jusqu'aux haras1 et s'était égaré vers la droite dans une zone de baraquements2. De retour en ville, il s'était assis à une table du Café du Balcon, et la glace, près du bar, lui renvoyait son image en uniforme, les cheveux courts et les bras croisés. Brossier, qui lisait un journal à une table voisine, avait posé les yeux sur lui.

- Encore griveton3 pour longtemps ?

Il employait des mots d'argot4 que Louis ne comprenait pas toujours.

- Quel âge avez-vous ?

-J'aurai vingt ans en juillet prochain.

Ils étaient les seuls clients du café et Brossier lui déclara, en haussant les épaules, qu'à cette heure-là, il n'y avait plus personne dans les rues de Saint-Lô.

- Si encore on peut parler de rues... Il avait éclaté d'un rire aigre5.

- Ça ne doit pas être drôle, de se retrouver griveton ici ? Non ?

L'âge de Brossier ? Quarante ans, à peine. Lorsqu'il souriait, il paraissait plus jeune. Un blond aux yeux très clairs, au teint rouge, et ce teint, comme l'empâtement de son visage, il le devait sans doute à son faible pour les bières belges.

Il habitait Paris, lui expliqua-t-il, mais passait quelques jours dans sa famille à Saint-Lô, où son frère aîné possédait une étude de notaire.

Depuis plus de dix ans, il n'était pas revenu ici et les gens l'avaient oublié. D'ailleurs, il profitait de ces moments de vacances pour régler des affaires. Oui, un type de Cherbourg voulait lui vendre tout un lot de matériel américain : vieilles jeeps, vieux camions de l'armée. Lui, Brossier, travaillait « dans les autos ». Il s'occupait même d'un garage à Paris.

Cette nuit-là, il avait raccompagné Louis jusqu'à la caserne. Il portait un imperméable et un vieux chapeau tyrolien, piqué d'une plume d'un jaune roussi. Et tandis qu'ils descendaient la rue bordée de maisons neuves, toutes du même béton grisâtre, Brossier lui confia comme un secret qu'il ne reconnaissait plus la ville de son enfance. On avait construit une autre ville après les bombardements de la dernière guerre, et Saint-Lô n'était plus Saint-Lô.

Au Café du Balcon, la fumée et le brouhaha6 des conversations l'étourdirent. L'heure des apéritifs. Il repéra vite Brossier, à cause de son chapeau tyrolien. D'une démarche un peu gênée, il se dirigea vers lui, posa sa valise et s'assit. […]

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

  1. Établissement où l’on sélectionne et élève des étalons et des juments pour la reproduction et l’amélioration de la race chevaline.
  2. Ensemble de baraques (logements provisoires) où cantonnent les soldats.
  3. Simple soldat.
  4. Langage ou vocabulaire qui se crée à l’intérieur de groupes sociaux ou socioprofessionnels déterminés, ici l’armée. 
  5. Qui produit une impression piquante, désagréable à l’ouïe.
  6. Bruit, agitation.

 

Le document 2 est un extrait d’Une Jeunesse de Modiano. Il s’agit de la première fois que Brossier laisse Louis avant de partir pour quelques jours en voyage d’affaires. Comme à chaque fois cette scène a lieu dans un café.  

 

Louis se réveilla en sursaut. On frappait très fort à la porte de sa chambre.

- Debout là-dedans... C'est Brossier... Je vous attends en bas...

Il s'habilla rapidement et, sans même se peigner, descendit l'escalier.

Brossier était appuyé au bureau de la réception.

- Je vous emmène prendre un petit déjeuner... Dehors, il faisait encore nuit. Il était sept heures à peine. Ils entrèrent dans un café de la rue de Vaugirard où le garçon achevait de disposer les chaises autour des tables.

Brossier trempait les tartines beurrées dans le café au lait et les avalait avec une voracité qui étonnait Louis. Il portait un chapeau neuf, du même modèle que l'autre, piqué de la même plume roussie. Son manteau paraissait neuf, lui aussi : un loden1.

- Pas mal, hein, ce manteau ?... Il vous faudrait le même... Ça vous irait bien... Je vous emmènerai chez Tunmer... Vous ne pouvez pas toujours porter ma vieille gabardine2... Excusez-moi de vous avoir réveillé si tôt, mais je pars encore pour cinq jours... Dans le Sud-ouest... À mon retour, je m'occupe de vous...

Il lui glissa dans la main des billets plies en quatre.

- Votre argent de poche... Et n'oubliez pas qu'à mon retour vous commencez à travailler... Je vous présente l'ami dont je vous ai parlé...

Il consulta sa montre, l'air préoccupé.

- Si vous voulez me joindre, vous pouvez laisser un message à l'hôtel Muguet, rue Chevert, dans le septième arrondissement... On me le transmettra... Hôtel Muguet... Invalides 05-93...

Il écrivit sur un bout de papier le numéro de téléphone.

- Disons que nous nous retrouvons dans cinq jours, à la même heure, avenue Duquesne, à l'Alcyon de Breteuil...

Que pouvait-il aller vendre ou acheter dans le Sud-ouest ? se demandait Louis. Des pneus, peut-être. Cette idée lui donna envie de rire. Oui, des pneus. […]

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

  1. Manteau de laine chaud et imperméable, à l’aspect feutré et velu.
  2. Manteau imperméable de tissu croisé de laine ou de coton dont l’endroit présente une côte légèrement en relief.

 

 

Répondez aux questions suivantes :

Quels sont les éléments du café que vous pouvez relever dans ces extraits ?

Quelles caractéristiques le Café apporte-t-il au personnage de Brossier ?

 

Relevez tout au long du roman, les différents cafés cités par l’auteur et les moments auxquels ils correspondent. 

 

Le document 3 est un ensemble de photos des cafés parisiens. Parmi les auteurs nous retrouvons des photographes connus comme Eugène Atget, photographe français du Paris de la fin du XIXème du siècle et du début du XXème, ou encore André Kertész, photographe hongrois naturalisé américain qui joue un rôle important dans le Paris de l’entre-deux-guerres. 

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Répondez aux questions suivantes :

Quel est le point commun entre ces photos ?

Quelle partie du café retrouve-t-on sur ces photos ?

Quelle impression s’en dégage-t-il ?

Les cafés d’autrefois ressemblent-ils aux cafés de maintenant ? Justifiez votre réponse.

Le document 4 est la chanson Paris le Flore chantée en 1991 par Étienne Daho, figure du rock des années 90. La chanson a pour thème l’emblématique Café de Flore. 

 

 Paris Le Flore-Étienne Daho

 

Paris Le Flore- Étienne Daho

Après-midi, Paris c’est fun, en terrasse, attablé 

Regards lourds de sens et connivence1 pour qui cherche une main 

Je n’attends vraiment rien, je viens pour y lire des bouquins, 

Artaud, Miller puis faut qu’j’aille 

Traîner sans raison. 


De pleurs en frime2, Paris déprime, Saint-Germain s’illumine 

Se fondre à la foule, dans la ville aux rencontres faciles 

Je n’fais guère attention, les dessins qu’j’ai dans ces cartons 

Sont mon unique passion 

L’art est ma raison. 


Si jamais d’aventure, je recherche l’aventure 

Café Paris, le Flore, où tu me dis « toi, j’t’adore » ! 

Si jamais d’aventure, je recherche l’aventure 

Café Paris, le Flore, où tu me dis « toi, j’t’adore » ! 


Après minuit, Paris c’est fun, attablé, détaché,   

Regards lourds de sens et connivence pour qui cherche une main 

Je n’attends vraiment rien, je viens pour y lire des bouquins 

Artaud, Miller puis faut qu’j’aille 

Traîner sans raison. 

Notes (définitions tirées du Petit Robert) 

  1. Entente secrète ou tacite entre des personnes.
  2. Action de faire semblant, d’épater.  

 

Répondez aux questions suivantes : 

1)      Quelle vision du café présente le chanteur ici ? 

2)      Quelles caractéristiques de Paris expose le chanteur ? 

3)      Quelles sont les activités liées à Paris et au café ?

 

Le document 5 est un extrait de La forme d'une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains, de Jacques Roubaud un poète, romancier et professeur de mathématiques français du XXème siècle. Il a reçu de nombreux prix littéraires, notamment de poésie pour l’ensemble de son œuvre.

Rêve du 11 février 19...

 

Je suis dans un café; un café parisien, semblable à celui, proche du métro Liège où, tous les matins, je viens lire un journal et prendre un petit déjeuner. C'est le matin (une jeune femme blonde passe une serpillière1 humide entre les tables, sous les pieds des clients, sous les miens) mais il fait encore nuit. J'étale le journal devant moi; le patron s'approche et pose sur la table un «crème»2 et deux tartines beurrées; il prend les deux pièces de dix francs que je sors de ma poche et me rend un franc quatre-vingts. Quelqu'un entre.

 

Rêve du 17 août 19...

 

Je suis dans un café; un café parisien, semblable à celui, proche du métro Liège où, tous les matins, je viens lire un journal et prendre un petit déjeuner. C'est le matin (une jeune femme blonde passe une serpillière humide entre les tables, sous les pieds des clients, sous les miens) mais il ne fait pas nuit. J'étale le journal devant moi; le patron s'approche et pose sur la table un «crème» et deux tartines beurrées; il prend les deux pièces de dix francs que je sors de ma poche et me rend un franc quatre-vingts. Quelqu'un entre.

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

  1. Torchon fait à partir d’une toile serrée ou à bouclettes très absorbant, utilisé pour le lavage des sols.
  2. Café additionné de crème ou de lait.

 

Le rêve- Jacques Roubaud

Ces deux textes semblent identiques, cependant il y a une différence. Relevez cette différence et expliquez ce qu’elle implique.


 

Le document 6 est un extrait du film Intouchables réalisé par Olivier Nakache et Eric Toledano en 2010, grand succès du cinéma français. La scène se déroule dans un café de Paris.

Intouchables La scène du café

Intouchables-Scène du café-QCM

 

Quel est le café présenté ici ? Le connaissez-vous ?

Comment trouvez-vous la décoration et l’agencement de l’espace ?

Que pouvez-vous dire sur les horaires du café et sur le menu ? S’agit-il de caractéristiques propres aux cafés parisiens ? Pourquoi ?

 

 

Le document 7 est un extrait d’Aurélien de Louis Aragon. Il s’agit d’un poète et romancier français du XXème siècle qui appartenait au courant littéraire dit du surréalisme. Ce fut une grande figure de la vie politique et littéraire parisienne du début du XXème.

 

Ils flottèrent dans ce Paris léger, dans cet entr'acte de l'hiver. Sur les Grands Boulevards, Aurélien hésita. Chaque café était lié à des rendez-vous, des rencontres... Il en aurait voulu un tout neuf, où il n'eût pas même rencontré de souvenir. Ni Pousset, ni le café d'Italie, ni le café d'Angleterre... Elle voulait un café plus vulgaire, où vraiment les rencontres fussent improbables... Ils échouèrent dans un café qui donnait sur un passage. Il y avait entre les glaces et les portes vitrées tant de reflets qu'on se serait cru dans un théâtre. C'était encore un café de l'ancienne manière, avec des ors1 partout et des petites colonnes brunes à chapiteaux compliqués, des banquettes rouges, des porte-manteaux renaissance. Il traînait sur les tables des sous-mains à lettres d'argent, des tomes dépareillés du Bottin2. Il y avait un percolateur3 derrière le bar d'acajou à applications de cuivre, et la caissière rêvait dans ses frisettes et la poudre de riz. Un escalier montait au premier vers les billards avec une statue à torchère4 au bas de la rampe. Les marbres avaient des veines comme des mains de vieillards. Par terre, la seule chose moderne: un affreux composé5 de toutes les couleurs, en confettis baroques. Tout cela était vide, à un jeune homme près, dans un coin, qui écrivait des lettres et les déchirait. Et au bout de quelque temps deux grosses femmes brunes et pas jeunes qui vinrent s'asseoir de l'autre côté de la salle, qui réclamèrent de la fine6 et se montrèrent des photographies.

Comme c'était absurde d'être là! Dans ce cadre disproportionné aux sentiments... Bérénice l'arrêta:

«Moi, j'aime ça... ce café... les pancartes pour les apéritifs... les siphons7 bleus... tout ce que vous ne voyez plus... J'y suis bien... je vous écoute mieux... Un décor en vaut un autre...

- C'est bien cela, dit-il, qui me gêne... un décor... nous ne sommes pas sur les planches...»

Elle aurait voulu qu'il partageât son plaisir. Le décor, un décor, l'enchantait au contraire, et par derrière les grandes vitres, le boulevard, les passants, sur le côté la galerie avec ses magasins, cet aquarium pâle, le soleil de décembre...

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

  1. Décoration dorée ou peinte contenant une certaine proportion d’or.
  2. Annuaire des Téléphones donnant des listes d’abonnés (commerçants, industriels, administrations) classés par profession et habitat.
  3. Appareil à filtre servant à faire du café en grande quantité.
  4. Grand chandelier, candélabre porté sur une tige ou une applique et dans lequel on mettait de gros flambeaux de cire.
  5. Qui est formé de plusieurs parties ou d’éléments divers.
  6. Eau-de-vie (alcool, liqueur) de qualité supérieure obtenue à partir de vin ou de cidre.  
  7. Tuyau recourbé, à branches inégales, permettant de transvaser des liquides d’un récipient dans un autre situé plus bas. (siphon de bière)

Répondez aux questions suivantes :

Le café présenté ici ressemble-t-il aux cafés précédents ? Pourquoi ?

 

Épreuve type bachibac :

1)    Expliquez les expressions suivantes :

  1. Ils flottèrent dans ce Paris léger
  2. Ils échouèrent dans un café
  3. Les marbres avaient des veines comme des mains de vieillards
  4. nous ne sommes pas sur les planches...

2)    Quel est le thème principal de l’extrait ? Pourquoi est-il cause de désaccord entre les personnages ?

3)    Quels sont les éléments qui caractérisent ce café « de l’ancienne manière » ? Les connaissez-vous ?

4)    Expliquez les différences entre les cafés « modernes » présentés dans les premiers documents et les éléments du texte.

5)    Selon vous, quel est le café parisien typique ? Décrivez-le.

 

Argumentation : Vous choisirez un des sujets au choix et rédigerez une argumentation personnelle en environ 250 mots.

Sujet A : D’après vous, pourquoi le café est-il un lieu privilégié par les Parisiens ?

Sujet B : En quoi les cafés de Paris représentent-ils la ville ? 


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