Paris et ses restaurants.

Se restaurer à Paris.

Paris, capitale de la France, possède une des plus grandes cartes en service de restauration et haut-lieux de la gastronomie. Si Paris est connue dans le monde entier comme la ville de la grande gastronomie et des restaurants étoilés, elle est aussi reconnue pour sa grande diversité. En effet, Paris, comme toute capitale, voit apparaître dans ses rues d’innombrables fast-foods, restaurants des cuisines du monde, petits locaux modernes et de grandes chaînes alimentaires. Cependant, parmi cette croissance de nouveaux locaux « sans-âme », Paris a su sauvegarder un esprit et une tradition culinaire français à travers les petits restaurants conviviaux qui rappellent les cantines de quartiers d’autrefois, les petites brasseries et autres cafés-restaurants.

 

Document 1 : Patrick Modiano, Une jeunesse, extrait p. 35, 1981.

Document 2 : Photos de brasseries et bistrots parisiens.

Document 3 : Jean-Pierre Jeunet, Amélie Poulain, 2001. Extrait vidéo.

Document 4 : Isabel Coixet, Paris je t’aime, film à court-métrages. Court-métrage La Bastille, 2005.

Document 5 : Patrick Modiano, Une jeunesse, extrait pp. 89-95 et p.162, 1981.

Document 6 : Reportage sur les restaurants CROUS, CFPJ. Vidéo.

Document 7 : Patrick Modiano, Une jeunesse, extrait pp. 60-63, 1981.

Document 8 : Photos récentes de la devanture du buffet de la gare Saint-Lazare, à Paris. 

Le document 1 est un extrait d’Une jeunesse de Modiano. Il s’agit de la description du restaurant où Louis avait l’habitude de dîner.

 

A la fin de l'après-midi, il quittait l'hôtel, la clé de la chambre dans sa poche, après avoir lancé un regard furtif1 vers la porte vitrée de la réception.

Le chauve au visage bronzé jouait aux échecs avec un partenaire dont il n'apercevait que le dos. Dehors, il rejoignait la rue de la Croix-Nivert. Le restaurant était beaucoup plus haut et souvent, au passage, il s'arrêtait dans le square Saint-Lambert. Là, sur un banc, il attendait l'heure du dîner en fumant une cigarette. Brossier lui avait donné une vieille gabardine2 et une veste de tweed3 qui lui rendaient bien service : cette année-là, le début de l'hiver fut très froid, puis, avec la neige, le temps se radoucit.

Le restaurant avait l'aspect d'un réfectoire4, à cause des grandes tables où l'on s'asseyait à huit ou dix, chaque table portant sur une étiquette le nom de celle qui assurait le service. Lui s'asseyait à la table « Gisèle ». Pour neuf francs, il mangeait une entrée, un plat de viande et de légumes, un dessert, et le vin des carafes était à discrétion. Aux murs, courait une fresque représentant un paysage de Savoie, province d'où le Patron était originaire.

Il échangeait quelques mots de politesse avec ses voisins, des hommes en majorité, les uns habitant le quartier, les autres chauffeurs de taxi. Il prenait un café et s'attardait volontiers au milieu de tous ces gens, dans la fumée et l'odeur de cuisine qui imprégnaient ses vêtements. Rue de la Croix-Nivert, dans la nuit, il marchait jusqu'au boulevard de Grenelle. […]

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

  1. Qui ne dure qu’un bref instant.
  2. Manteau imperméable de tissu croisé de laine ou de coton dont l’endroit présente une côte légèrement en relief.
  3. Tissu de laine cardée, habituellement de deux couleurs, fabriqué à l’origine en Écosse.
  4. Salle où, dans les communautés, les collectivités, les établissements d’éducation et d’enseignement, on prend les repas en commun.

 

Restaurant Croix Nivert

 

Le document 2 est un ensemble de photos anciennes et récentes des brasseries et autres bistrots de Paris. 

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La brasserie Lipp, située au 151 boulevard Saint-Germain dans le 6ème arrondissement, est une des brasseries populaires de Paris. Elle est fréquentée par des auteurs et artistes et décerne chaque année depuis 1935 le prix littéraire Cazes.

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La Coupole, située sur le boulevard Montparnasse dans le 14ème arrondissement, est sans doute l’une des plus grandes brasseries de la capitale. Elle doit son nom à la coupole qui se situe au centre du restaurant. Elle fut le lieu de réunion du Tout-Paris pendant l’entre-deux-guerres. Sa salle inférieure est classée comme monument historique depuis 1988. 

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Chez la Mère Catherine est un des bistrots populaires de Paris, situé  Place du Tertre, dans le quartier de Montmartre. Il est connu pour son accueil chaleureux et sa décoration typique.

Décrivez les différentes images. Quels sont leurs points communs ?

Pouvez-vous relier les images avec le texte présenté précédemment ? Comment ?

Connaissez-vous des brasseries ou des bistrots parisiens ? Pourquoi y êtes-vous allés ? 


Le document 3 est un extrait du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, réalisé en 2001. La scène présentée a lieu dans le bar-restaurant où travaille Amélie. 

 

 

Le document 4 est le court-métrage réalisé par Isabel Coixet, réalisatrice espagnole, pour le film Paris, Je t’aime ! de 2005. Il s’agit du court-métrage du quartier de la Bastille. 

Comparez les lieux présentés dans les deux extraits. Quelles sont leurs principales différences ?

À quelle catégorie appartiennent-ils ? Pourquoi ? 

 

Le document 5 est un extrait d’Une Jeunesse de Modiano. Brossier rencontre Louis et Odile à la Cité Universitaire où il vit à présent avec sa fiancée Jacqueline.

 

Brossier les attendait sur le quai de la station Cité universitaire, comme s'ils arrivaient dans un lieu de vacances et que lui, leur ami, fût venu les chercher à la gare. […]

- Alors, vous passez tous vos week-ends ici ? demanda Louis.

- Oui... Jacqueline est étudiante et habite à la Cité universitaire... Et moi...

Il fouilla dans la poche de sa veste et en sortit une carte qu'il tendit à Louis.

- Voilà... J'ai réussi à me faire imprimer une carte d'étudiant... C'était nécessaire pour manger au restaurant de la Cité... et pour me sentir ici comme chez moi...

Louis jeta un œil sur la carte. Elle était bien au nom de Brossier, avec sa photo, et indiquait son appartenance à la faculté des lettres. Odile, à son tour, examina ce document.

- Et vous restez dormir ici ? demanda-t-elle brutalement.

- Tous les week-ends.

Il était réjoui d'avoir fait cette révélation et entourait du bras les épaules de sa fiancée.

Odile lui rendit sa carte d'étudiant que Brossier consulta à son tour. Il la manipulait avec précaution bien qu'elle fût recouverte d'un étui de plastique.

-Je me suis un peu rajeuni... oh... de dix ans à peine... […]

-Jacqueline, elle, est une mathématicienne, figurez-vous... Elle suit des cours à la faculté des sciences...

- Où l'avez-vous connu ? demanda Odile à Jacqueline.

- Ici, à la cafétéria...

Elle avait répondu d'une voix douce et lente.

- Je le voyais toujours seul à la cafétéria... Il avait l'air de s'ennuyer...

Alors nous nous sommes parlés...

- Oui... je venais depuis longtemps ici, dit Brossier. Surtout quand j'avais le cafard... J'ai toujours aimé la Cité universitaire... C'est un monde à part...

Je traînais dans le hall de tous les pavillons... Dans la salle de télévision...

Vous comprendrez... Il y a un charme ici... […]

Ils quittèrent la cafétéria. Brossier voulait leur faire visiter la Cité universitaire et leur énumérait le nom des divers pavillons, comme les provinces de son royaume.

- Nous étions tout à l'heure dans le pavillon des Provinces françaises... Le plus important... Moi, j'ai un faible pour le pavillon d'Angleterre, devant vous... Il me rappelle un hôtel d'Aix-les-Bains... Avant de connaître Jacqueline, je venais souvent le soir lire un journal au pavillon d'Angleterre...

Brossier avait pris Jacqueline par la main et se montrait de plus en plus disert1, tandis qu'ils poursuivaient leur visite. Il expliquait à Odile et à Louis qu'en été, on restait tard sur la grande pelouse, à écouter des voix et des rires dans la nuit. Au mois de juin, il y avait la fête de la Cité. Un bal dans le hall du pavillon des Provinces françaises.

- Vous verrez comme on est heureux ici, à partir du printemps...

Il leur désigna un pavillon très moderne, à la façade de verre et de métal.

- Le pavillon cubain... Les Cubains sont des garçons merveilleux... Ils introduisent beaucoup de gaieté et d'animation dans la Cité... Dites-moi, vous n'avez pas envie d'être étudiants, tous les deux ?

- Étudiants comme vous ? dit Odile en éclatant de rire.

Étudiants. Voilà qui n'était jamais venu à l'esprit de Louis ni d'Odile.

Comment auraient-ils pu être étudiants ?

- Je vous procurerai des cartes, si vous voulez...

- Vous tiendrez votre promesse, j'espère ? demanda Odile. Moi, je veux être étudiante...

Pour elle et pour Louis, ces trois syllabes avaient une consonance mystérieuse et ceux qui étaient « étudiants » leur semblaient aussi incompréhensibles, aussi lointains, que les membres d'une tribu d'Amazonie.

- Et il n'y a que des étudiants, ici ? demanda Odile.

- Oui.

Un groupe de garçons et de filles se dispersait sur la pelouse et quelques-uns d'entre eux improvisaient une partie de volley-ball sans filet. Ils s'interpellaient dans une langue inconnue de Louis.

- Des Yougoslaves, constata Brossier. […]

Ils dînèrent très tôt, au réfectoire de la Cité. Ses dimensions et ses boiseries évoquaient pour Brossier la salle de réception d'un manoir anglais. La prochaine fois, ils dîneraient dans l'autre réfectoire, beaucoup plus moderne, avec des baies vitrées et des arbres tout autour, si bien qu'on avait le sentiment d'être noyé sous la verdure. […]

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

  1. Qui s’exprime, parle facilement.

 

- Il faudrait que je vous fasse visiter le quartier... Vous avez le jardin des Plantes, tout près... Et les arènes de Lutèce où Jacqueline m'emmène de temps en temps... Quand nous n'allons pas au Restau U1 ou au réfectoire de la Cité, nous dînons dans un petit restaurant mexicain à côté des arènes de Lutèce... Un soir, nous irons ensemble, si vous voulez...

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

  1. Pour le Restaurant Universitaire (restaurant réservé aux universitaires). 

Cité Universitaire-Une jeunesse

Restau U- Une Jeunesse

D’après votre lecture du roman, pourquoi « pour Odile et pour Louis, ceux qui étaient « étudiants » leur semblaient aussi incompréhensibles, aussi lointains, que les membres d'une tribu d'Amazonie. » ? Argumentez votre réponse.


Le document 6 est un reportage réalisé par deux étudiantes du Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes. Il présente le fonctionnement des restaus U du CROUS de Paris. 

 

Quels sont les éléments communs entre la description de la cité Universitaire et du Restau U du texte et celle du reportage ?


 

Le document  7 est un extrait d’Une Jeunesse de Modiano. Il s’agit de la rencontre entre Louis et Odile dans le buffet de la gare Saint-Lazare.

 

Elle est assise à une table du buffet1, dans le passage suspendu qui relie la gare Saint-Lazare à l'hôtel Terminus. Par la vitre, elle regarde la rue et les gens qui sortent de la gare et attendent à la station de taxis. L'idée vague de prendre le train, de quitter Paris au plus vite, a guidé ses pas jusqu'ici, et elle se souvient de la réflexion du gros blond : on finit toujours par échouer au fond du creux de Saint-Lazare. Il fait nuit. Un va-et-vient monotone entre la salle des Pas -Perdus et le buffet. Des gens avalent rapidement une boisson et repartent vers leurs trains de banlieue. En bas, on s'engouffre au fur et à mesure dans les taxis, mais la file d'attente est toujours aussi longue. Elle seule reste immobile au milieu de cette agitation.

Elle a commandé un Kir, comme l'autre fois avec le gros blond. Elle oublie pourquoi elle est ici. La tête lui tourne à cause de ce flot2 de personnes qui s'asseyent, se lèvent, s'asseyent, et du vacarme de la salle des Pas-Perdus. Depuis combien de temps n'a-t-elle pas dormi ? Elle ne voit plus, autour d'elle, que des silhouettes confuses, de grandes taches mouvantes, tandis qu'un bourdonnement3 d'insecte à son oreille recouvre peu à peu tous les autres bruits.

Brossier avait baissé la vitre du compartiment et penchait la tête au dehors.

-Je vous téléphone à l'hôtel Langeac après-demain, Louis... vers cinq heures...

Le train s'ébranlait4. Brossier, penché à la vitre, tendait d'un geste impératif les cinq doigts de la main. Sans doute cela voulait-il dire : « Cinq heures. »

Louis rejoignit la salle des Pas-Perdus. Il était trop tard pour aller dîner rue de la Croix-Nivert. Il se dirigeait vers les escaliers par où l'on sort de la gare quand il remarqua, à gauche, le petit buffet aménagé dans le passage vitré. Il y pénétra, s'assit à une table, commanda un café au lait et deux tartines.

Il n'y avait pas d'autres consommateurs que lui, en raison de l'heure tardive. Sauf, à une table du fond, une fille qui paraissait dormir, le front posé contre son bras replié. Louis ne voyait que ses cheveux châtains.

La lumière de ce buffet était d'un jaune un peu trouble, comme usée ou salie par le souffle de tous ceux qui affluaient ici, aux heures de pointe.

Seule brillait d'un éclat limpide la vitre noire à côté de laquelle était collée, au mur, une affiche. On y lisait : VACANCES EN ENGADINE.

Tout en mangeant les tartines, il ne pouvait détacher son regard de cette chevelure répandue sur la table. On distinguait à peine le coude, le front et la main. Pas le moindre mouvement, le moindre signe de respiration. Peut-être était-elle morte.

Il buvait son café au lait. Le serveur avait quitté le buffet et il y régnait maintenant un silence à peine troublé par le bruit de moteur diesel des taxis qui s'arrêtaient en bas, à la station, et le claquement régulier des portières.

Sur la table, près de la chevelure de la fille, un verre à moitié plein d'un liquide dont Louis se demanda, à cause de sa couleur, si c'était de la grenadine.

Le serveur réapparut et commença à disposer les chaises à la renverse sur les tables. C'était l'heure de la fermeture. Louis régla sa consommation.

- Elle dort ?

Le serveur lui désignait la fille, affalée sur la table. Après un instant d'hésitation, il marcha vers elle et lui secoua l'épaule. Elle leva lentement son visage.

- On ferme !

Elle clignait les yeux, sans comprendre. Louis fut frappé par sa pâleur.

Elle fouilla dans sa poche et en sortit quelques pièces de monnaie qu'elle posa sur la table. Le serveur les compta.

- Il manque trois francs.

Elle fouilla de nouveau dans sa poche, l'air traqué5, mais ne trouva rien.

Louis se leva et déposa un billet de cinq francs sur la table.

- Merci. […]

Notes (définitions tirées du Petit Robert)

  1. Restaurant de la gare.
  2. Masse agitée de mouvements divers (ici de gens).
  3. Bruit sourd et monotone.
  4. Se mettre en mouvement.
  5. Qui est, ou qui semble, perdu, épuisé, à la limite de la résistance physique ou morale.

 Buffet Gare Saint-Lazare- Une Jeunesse

 

Le document  8 est un ensemble de photos récentes de l’ancien buffet de la gare de Saint-Lazare à Paris dans le 8ème arrondissement. 

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On peut apprécier le baromètre au centre des vitraux de l’ancien buffet. Le restaurant qui accueillait les voyageurs lui a disparu au profit d’une grande enseigne américaine.

 

Répondez aux questions suivantes :

Savez-vous à quoi sert un baromètre ? Que représentent les vitraux ?

 Pourquoi l’architecte a-t-il décidé de sauvegarder ces vitraux et les panneaux de verre avec le nom de buffet ? Que pensez-vous du décalage entre cette décoration et l’installation du café américain ?

Selon vous, de nos jours, un lieu de restauration moderne est-il plus approprié qu’un buffet de gare ? Pourquoi ?

 

Épreuve type Bachibac : Essai. Répondez à l’un des sujets au choix en vous appuyant sur les documents présentés précédemment et sur vos connaissances. (300 mots environ)

Sujet A : En quoi les lieux de restauration présents dans Une Jeunesse reflètent-ils une nouvelle image de la ville de Paris ?  

Sujet B : Tout comme Baudelaire décrivait les gens de la rue, Modiano nous offre ici un échantillon de la fréquentation des restaurants. Analysez les lieux et les personnes qu’on y rencontre.  

 

Pour la correction, cliquez ici !

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