Les conditions de vie des artistes

Paris est une ville pleine de salles de spectacles et concerts, pleine de musées, de galeries d’art, et de maison de disques « Une jeunesse est le roman le plus riche en références. Le Tabarin, les Boys de Mistinguett, le Palladium apparaissent en toile de fond. » (Portrait de l’artiste dans l’œuvre de Patrick Modiano, par Annie Demeyère). Pleine de vie, de diversité, elle est source d’inspiration. Elle semble donc le cadre idéal pour tout jeune talent qui souhaite faire carrière dans un métier artistique.

Mais entre concurrence, exigences, précarité, peur d’une carrière trop courte et diversité, on ne sait plus à qui faire confiance, on ne sait plus comment faire sa place. « Dans ce roman les artistes de music-hall sont comme des météorites à la trajectoire brève sortis de l’oubli par des allusions nostalgiques. » (Portrait de l’artiste dans l’œuvre de Patrick Modiano)

Alors Paris est-elle la ville idéale pour les artistes ou la ville la plus difficile à vivre ? À travers plusieurs extraits du roman « Une jeunesse » de Modiano, nous allons tenter d’élucider ce mystère.

Présentation des documents :

- Documents 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7 : Patrick Modiano, Une jeunesse, 1981

-Document 8 : Annie Demeyère, Portrait de l’artiste dans l’œuvre de Patrick Modiano, 2002

 

I. Débuter en tant qu’artiste à Paris 

Extrait 1 :   Bellune, un homme avec peu de conscience professionnelle, mais de bonnes   intentions.

Extrait 2 :   Après la mort de Bellune et de nombreux échecs, Odile fait la connaissance de   Vietti, un professionnel renommé et mal intentionné.

Dans   l’escalier, les vibrations des batteries et des guitares électriques   accablaient toujours Georges Bellune. Il s’assit sur la banquette de cuire du   premier étage, le buste raide, cherchant à rassembler ses forces avant de   franchir le seuil du Palladium.

La   demie-obscurité était trouée, au fond, à gauche, par la zone laiteuse de   l’estrade où s’agitait un groupe de musicien de rock’n’roll. Le chanteur   hurlait, d’une voix encore mal assurée, un succès américain. Autour de   l’estrade, se pressaient des garçons et des filles dont la plupart n’avaient   pas encore vingt ans. Le batteur de l’orchestre, avec ses cheveux blonds   frisés et ses grosses joues, parut à Bellune un enfant de troupe précocement   vieillit.

(…)Chaque   fois qu’il venait au Palladium, il   y restait une heure tandis que les orchestres et les chanteurs se succédaient   sur l’estrade –adolescents de la banlieue ou jeunes employés du quartier. Et   leur rêve était si fort, si violent leur désir d’échapper par la musique à ce   qu’ils pressentaient de leur vie, que Bellune percevait souvent les   stridences des guitares et les voix qui s’éraillaient comme des appels au   secours.

Il   avait plus de cinquante ans et travaillait dans une maison de disques. On le   chargeait de se rendre deux ou trois fois par semaine au Palladium et de repérer certains groupes de musiciens amateurs.   Bellune leur fixait rendez-vous à la maison de disques et ils y passaient une   audition. À cet instant-là, il n’était rien d’autre qu’un employé des douanes   qui choisit, dans une foule d’émigrants massés devant un bateau, deux ou   trois personnes, et les pousse sur la passerelle d’embarquement.

(…)

-Vous   aussi, vous voulez chanter ?

Elle   sursauta comme s’il l’avait tirée brusquement de son rêve et se tourna vers   lui.

-Vous   êtes là parce que vous vous intéressez à la musique ? demanda encore   Bellune.

Sa   voix douce et sa gravité inspiraient toujours confiance. Elle fit un signe   affirmatif de la tête.

-Ça   tombe bien, dis Bellune. Je travaille pour une maison de disques. Je peux   vous aider, si vous voulez…

Elle   le considérait, l’air interloqué. Jusque-là, les gens que Bellune choisissait   au hasard pour une audition étaient au moins montés sur l’estrade, ils   avaient fait du bruit avec des batteries et des guitares et leurs visages   étaient apparus un moment en pleine lumière. Mais ce soir, Bellune avait   choisi quelqu’un qui ne disait rien, qui ne bougeait pas et paraissait noyé   au milieu du vacarme. Un visage qui se différenciait à peine de l’ombre.

-Elles   sont très bien, vos chansons… Très bien… Évidemment il sera un peu difficile   de faire un disque tout de suite…

Il   avait posé sa main sur son épaule et elle ne bougeait pas. Des doigts fins,   aux ongles certainement manucurés.

-Mais   vous pourriez les chanter dans un cabaret…Après on verra…Je vais m’en occuper   demain…C’est promis…Dès demain…

Il   déboutonnait son corsage et elle n’opposait aucune résistance. Maintenant,   elle était allongé sur le ventre, il faisait glisser sa jupe et son slip et   lui caressait les fesses. Elle éprouvait du dégoût en se rappelant ses doigts   trop soignés. Elle regardait devant elle, le menton contre le bord du canapé.   Les lumières de l’avenue se brouillaient à travers le rideau de gaze comme le   contour des meubles et des objets.

 

 

Exercices de compréhension :

Extrait 1:

Modiano, Le personnage de Bellune, compréhension

Modiano, Des artistes et des professionnels, citez le texte

Extrait 2 :

Modiano, Des verbes et des illustrations, faites des paires

 

Réfléchissez aux questions suivantes :

-Vietti a-t-il choisi d’aider Odile pour son talent ?

-Pourquoi Vietti  sait qu’il peut abuser d’Odile ?

 

II. Originalité et concurrence

Brossier

Mary

Jordan

Bauer

-Qu’est-ce   que vous faites dans la vie ? demanda Brossier.

-Je   prépare un disque.

-Un   disque ? Il doit y avoir beaucoup de concurrence en ce moment…

(…)  

-Moi   aussi, quand j’étais tout jeune, je rêvais d’avoir une profession artistique…  

Il   souriait, au bord de la confiance.

-Figurez-vous   que j’avais rencontré un homme qui m’avait encouragé là-dedans… Un homme   remarquable…Il m’avait inscrit à un cours d’art dramatique… Malheureusement,   ça ne pouvait pas marcher…Je ressemblais trop à un acteur qui s’appelait   Roland Toutain…

 

Elle   avait gardé, de son passage au restaurant-cabaret d’Auteuil, une amie qui   s’appelait Mary et travaillait toujours là-bas. Mary chantait et dansait   quelques minutes au milieu des joueurs de balalaïka, vêtue d’un costume de   « princesse ukrainienne » qui évoquait plutôt les montagnardes du   Tyrol.

 

Chez   Mary, venait le dimanche l’un de ses camarades, un jeune Espagnol de leur   âge, un certain Jordan, qui cherchait un engagement dans un cabaret pour un   numéro de travesti. Sur les conseils de Mary, il s’était présenté au   directeur de la boite de nuit d’Auteuil qui l’avait engagé à l’essai.

 

-C’était   mon atelier dans le temps, figurez-vous…

Quelque   chose trahissait le caractère massif et brutal de ce visage sans qu’on pu   très bien déterminer quoi.

-Avouez   qu’il y a parfois des coïncidences…

-Vous   êtes peintre ! demanda Odile, en continuant à caresser le chien.

-À   l’époque, oui… Quand j’habitais l’atelier … Je dessinais des couvertures   de programmes pour les music-halls[1]…   Mais je ne vais pas vous raconter ma vie… Au fait, vous avez conservé le bar   et le ventilateur ?

-Oui,   répondit Louis.

-Les   dessins chinois, c’est moi.

(…)

Louis   tournait les pages de l’album. Des couvertures de programme de divers   music-halls signées « Bauer » d’une grande écriture hachurée.

 


[1] Les music-halls possèdent globalement les mêmes activités que les cabarets, ils sont simplement plus grands et peuvent accueillir plus de spectateurs.

 

Exercices de compréhension :

Modiano, Des personnages et leurs particularités, QCM

Modiano, Les cabarets, des tremplins pour les artistes, QCM

 

III.  Précarité des artistes

 

Extrait   du roman Une jeunesse de Modiano

Extrait   du livre Portrait de l’artiste dans l’œuvre de Patrick Modiano d’Annie Demeyère

-Voilà…Ton   engagement va prendre fin, dit Vietti.

-Quand ?

-Ce   soir.

Elle   eut la force de leur lancer un sourire.

-Oui…C’est exact, dit le directeur du restaurant. Je suis obligée de me séparer de vous…

Le   sourire d’Odile s’éteignit.

-Je   n’ai rien à vous reprocher… Mais je dois raccourcir le spectacle…

-Ce   n’est pas grave, dit Vietti.

-Mais   non… Je suis sûr que vous trouverez très vite un nouvel engagement…

Ils   ne semblaient, ni l’un ni l’autre, y croire beaucoup.

-En   tout cas, dis le directeur du restaurant, vous avez été très bien…Vous m’avez   donné entière satisfaction… Seulement, je suis obligé de changer la formule   du spectacle… Vous comprenez ?

 

Bauer,   illustrateur, qui dessine les couvertures des programmes de music-hall,   évoque Pierre Meyer et Van Duren, artistes de music-hall :

-Les deux   hommes que j’ai le plus admirés de ma vie.

-Pourquoi ?   demanda Odile.

-Parce qu’ils   étaient beaux, dit Bauer d’un ton sans réplique. Ils se sont suicidés tous   les deux…

Couple   fatal, beauté et suicide… Le music-hall développe plus que n’importe quel art   de la scène le culte du beau, la facticité de l’apparence. Le rideau tombe   vite lorsque le corps n’obéit plus. »

 

Exercice de compréhension

Modiano et Demeyère, La precarité des artistes de cabaret, compréhension

 

Réfléchissez à la question suivante :

-Les artistes de cabaret jouissent-il d’une sécurité grâce à leur emploi ?

 

IV.  Activité type Bachibac

Question de langue : Dans Portrait de l’artiste dans l’œuvre de Patrick Modiano d’Annie Demeyere, expliquez et reformulez l’expression : « le rideau tombe vite lorsque le corps n’obéit plus ».

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Question d’argumentation :

Pensez-vous qu’il faut être méfiant face aux personnes que l’on rencontre et avec qui l’on travaille si l’on veut devenir artiste ? (250 mots)

 

Essai : Vivre à Paris si l’on souhaite devenir artiste, c’est se trouver face à de nombreuses opportunités, à des inspirations multiples, mais aussi à de nombreux pièges et difficultés. Alors faut-il vivre à Paris ou bien le fuir si l’on souhaite devenir artiste ? (300 mots)

 

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